ApprenezĂ  vos enfants Ă  devenir des chevaliers des temps modernes, des chevaliers relationnels 147,648 views Nov 5, 2015 Une bien belle prĂ©sentation inspirĂ©e des Leschevaliers de la lame d'Ă©bĂšne deviendront plus tard un facteur majeur dans la mort du roi-liche, rejoignant la croisade d'argent pour former le verdict des cendres. Les chevaliers de la mort des anciennes races de l'Alliance pourraient potentiellement faire des cas individuels afin de rejoindre les RĂ©prouvĂ©s sous Sylvanas . Par exemple, si un chevalier de la mort worgen a Chevalieret son Ă©cuyer. L’ Ă©cuyer (du bas latin scutarius « soldat de la garde impĂ©riale qui portait un bouclier », dĂ©rivĂ© en -arius du latin scutum « Ă©cu ») est, Ă  l'origine, un gentilhomme ou un anobli qui accompagne un chevalier et porte son Ă©cu. De lĂ , Ă©cuyer a Ă©tĂ© employĂ© comme titre pour un jeune homme qui se prĂ©pare Pour ĂȘtre nommĂ© chevalier de la LĂ©gion d’honneur, il faut justifier d’un minimum de vingt annĂ©es de « mĂ©rites Ă©minents » dans ses activitĂ©s professionnelles ou sociales . » Nousvous proposons de vous replonger dans ses derniĂšres confidences. VĂ©ritable chevalier des mers des temps modernes, le pĂšre Jaouen s’est impliquĂ© corps et Ăąme toute sa vie au service des jeunes dĂ©linquants. GrĂące Ă  des dons et Ă  travers l’association Bel Espoir rendue cĂ©lĂšbre par l’émission Thalassa, il a constituĂ© une Vay Tiền Nhanh Chỉ Cáș§n Cmnd Nợ Xáș„u. Ordres Chevaleresques et Chevalerie Ă  travers les Rites et leurs Rituels dont ceux du Rite Ecossais Primitif Dans l’imaginaire, il est des rares sujets capables d’emporter le cƓur dans une envolĂ©e poĂ©tique et culturelle. Tel est le cas du chevalier sur sa monture qui occupe les esprits depuis la plus tendre enfance. Qui n’a pas aperçu le cavalier sur son cheval majestueux Ă  l’assaut du mĂ©chant ? N’est-il pas dit le beau chevalier servant’’ ? Au-delĂ  du temps qui passe, de 7 ans passĂ©s Ă  77 ans et plus ou rĂ©volus ??’’, la Chevalerie dans la substance noble du terme, est un des thĂšmes qui tient en haleine historiens et cinĂ©astes, Ă©crivains et lecteurs, enfants et Ă©coliers jusqu’aux plus Ă©rudits. Elle habite le subconscient dĂšs que la maturitĂ© s’empare de l’intellect en partance pour la recherche du beau, du prodigieux et de l’audacieux. La grandeur du chevalier renvoie l’image du guerrier invincible enveloppĂ© de la blanche aura d’un nouvel archange. Bien des gĂ©nĂ©rations lui ont dĂ©jĂ  attribuĂ© une demeure mythique dans le panthĂ©on des dieux et des hĂ©ros qui ont bercĂ© leurs rĂȘves idylliques. Les espĂ©rances et les chimĂšres en quĂȘte de mythes merveilleux poursuivent inlassablement l’ombre fuyante et insaisissable du hĂ©ros de lĂ©gende. Les habitudes prosaĂŻques et monotones de la vie quotidienne suscitent par ailleurs l’approche du prestigieux. Le chevalier sublimĂ© et idĂ©alisĂ© suggĂšre une sĂ©duction certaine par son allure de conquĂ©rant assortie d’une courtoisie et d’une biensĂ©ance qui forment les fondements Ă©thiques de sa mission. La force, alliĂ©e Ă  la courtoisie, accentue la grandeur et la noblesse du cƓur et de l’esprit du guerrier habituellement dĂ©pourvu de ces valeurs. Une conception romancĂ©e et romantique du chevalier l’oppose nettement Ă  la rudesse brutale du soudard ou du soldat, pour lui donner un profil de justicier et de protecteur. La frĂ©nĂ©sie d’une dĂ©votion puĂ©rile Ă  l’égard du chevalier installe ce combattant sur un socle de lumiĂšre soutenu des plus belles vertus humaines la morale, l’honneur, la probitĂ© et le devoir. AprĂšs une introduction aux accents lyriques qui traduisent une nostalgique interprĂ©tation du portrait du chevalier de l’époque mĂ©diĂ©vale, cette chronique se veut situer le parcours de l’Ordre chevaleresque Ă  travers les continents, depuis son avĂšnement jusqu’à son insertion dans certains rituels maçonniques dont les rituels des derniers Grades de l’échelle du Rite Ecossais Primitif. La Chevalerie prit naissance Ă  une pĂ©riode bien prĂ©cise du Moyen-Ăąge avant de s’engager dans le panorama politique, social et Ă©conomique de l’Europe, des pays du Bassin mĂ©diterranĂ©en jusqu’au Moyen-Orient et en Afrique. Nous situerons la Chevalerie au cƓur de ces vieilles civilisations oĂč elle a laissĂ© les marques de son passage glorieux dans une archĂ©ologie dĂ©fiant l’usure du temps, tĂ©moin d’une culture artistique et d’une puissance Ă©conomique, dont les historiens se sont emparĂ©s pour Ă©crire leurs ouvrages. L’itinĂ©raire des Ordres chevaleresques a conduit leurs protagonistes dans le vaste empire romain qui, bien que promis Ă  l’éternitĂ©, sombra vers 270 aprĂšs pour ĂȘtre scindĂ© en deux morceaux la partie occidentale qui comprend l’Europe d’aujourd’hui, et la partie orientale qui a accueilli l’Empire de Byzance jusqu’en Afrique et au Levant. Dans cette chronique nous nous attacherons Ă  la rĂ©gion occidentale, terrain propice aux grandes invasions conduites par les Francs venus de Germanie, qui s’installent dans la Gaule dĂ©coupĂ©e en petits Etats autonomes dirigĂ©s par des institutions rudimentaires. En ce Moyen-Ăąge naissant coexistent deux pouvoirs, celui d’un courant politique et social sous la prĂ©pondĂ©rance barbare d’une dynastie de fait et celui de droit divin portĂ© par l’Eglise de Rome. Les deux pouvoirs poseront solidement les assises d’une culture et d’une civilisation occidentales. Vers 358 aprĂšs la petite nation des Francs saliens prenait place dans l’Histoire. InstallĂ©s aux embouchures du Rhin, ils s’infiltrĂšrent progressivement en Gaule pour y crĂ©er la premiĂšre dynastie rĂ©gnante sur le pays qui sera le futur royaume de France. Cette premiĂšre dynastie, dite MĂ©rovingienne, s’inspira du nom d’une hĂ©roĂŻne sĂ»rement mythique, MĂ©rovĂ©e, que l’Histoire rattachait au grand-pĂšre de Clovis, personnage le plus emblĂ©matique de cette lignĂ©e. PĂ©pin-le-Bref destitua le dernier mĂ©rovingien vers 751 et se proclama fondateur de la deuxiĂšme dynastie, dite carolingienne, dont il emprunta le nom Ă  Charlemagne, son plus illustre patriarche. Il serait dommage de ne pas rappeler que PĂ©pin-le-Bref fut l’instaurateur du sacre royal, dont la consĂ©cration confĂ©rait au nouvel Ă©lu toute sa lĂ©gitimitĂ© hĂ©rĂ©ditaire par le sacrement de souverain dans la digne succession de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Vers 843, l’empire de Charlemagne fut dĂ©coupĂ© en trois Etats distribuĂ©s entre les mains de ses trois petits-fils. Charles le Chauve hĂ©rite de la partie la plus occidentale qui devint le royaume de France gouvernĂ© par la troisiĂšme dynastie qui prend forme Ă  la mort du dernier carolingien en 987. Il s’agit de la dynastie des CapĂ©tiens dont la longĂ©vitĂ© et la puissance de sa postĂ©ritĂ© Ă©taient alors insoupçonnables. C’est ainsi qu’une assemblĂ©e de Grands LaĂŻcs et EcclĂ©siastiques rĂ©unie Ă  Senlis proclama l’élection de Louis V. Hugues Capet, duc des Francs, roi de France. GrossiĂšrement, les CapĂ©tiens s’employĂšrent Ă  agrandir le domaine royal, Ă  affaiblir Ă  leur profit la puissance des forces agissantes considĂ©rĂ©es comme nuisibles au pouvoir monarchique et enfin Ă  façonner l’histoire de la France pour les siĂšcles Ă  venir. Parmi ces forces, figurait en bonne place l’aristocratie devenue de plus en plus rĂ©sistante face Ă  la faiblesse d’une monarchie au pouvoir fragilisĂ© dans un royaume dĂ©sormais parcellĂ© en de multiples circonscriptions, placĂ©es sous l’autoritĂ© propre de son territoire administrĂ© selon le bon vouloir seigneurial. Les coutumes fĂ©odales prirent corps et sĂ©parĂšrent dĂ©finitivement le riche propriĂ©taire et le pauvre dĂ©pouillĂ© vouĂ© Ă  l’esclavage. Le paysan et l’artisan faisaient partie intĂ©grante du paysage et du sol dont ils avaient la charge de fournir une production ne leur appartenant pas. Peu Ă  peu, Ă©mergea un concept de condition humaine rĂ©gi par des classes ordonnancĂ©es selon un schĂ©ma de droit divin qui distinguaient ceux qui prient le clergĂ©, ceux qui combattent la noblesse et ceux qui travaillent tous les autres cerfs et serviteurs, paysans et artisans plus gĂ©nĂ©ralement tous ceux qui composent le milieu rural et le milieu urbain. Ce fut l’évĂȘque de Laon, AldabĂ©ron, qui en 1030, dĂ©clara ĂȘtre le porte-parole de Dieu pour dicter la rĂšgle divine Que chacun, donc, se conforme Ă  la volontĂ© divine et sache rester Ă  sa place’’. Ainsi s’affichait le modĂšle fĂ©odal dressĂ© sur un territoire donnĂ©, centre d’un Ă©difice social rigide et trĂšs hiĂ©rarchisĂ© placĂ© sous l’autoritĂ© d’un Seigneur protĂ©gĂ© dans l’enceinte d’un chĂąteau, plate-forme oĂč siĂ©geait un pouvoir absolu dĂ©centralisĂ©. Cette derniĂšre phase, dans la chronologie de la configuration politique de la France en ce dĂ©but du XIe siĂšcle, concomitante Ă  la saisie des rĂȘnes de l’Etat par la dynastie capĂ©tienne, coĂŻncide avec l’essor de l’Ordre chevaleresque qui part de France Ă  la conquĂȘte d’une partie du monde. Aux instances rĂ©gissant le royaume de France, vient se greffer le cadre institutionnel politique et Ă©tatique ci-avant Ă©voquĂ©, opposĂ© Ă  la monarchie rĂ©gnante, et portĂ© par ce concept moyenĂągeux formĂ© au IXesiĂšcle. Ce systĂšme saisit l’opportunitĂ© de l’instabilitĂ© persistante d’un Etat soumis Ă  une succession de dynasties avortĂ©es les unes aprĂšs les autres, pour dĂ©ployer ses rigides tentacules sur toute l’étendue de son territoire rendu vulnĂ©rable. Alors que ce mouvement baptisĂ© sous le vocable de FĂ©odalitĂ© s’affirme au XVIIe siĂšcle sous la RĂ©volution française de 1789, ce rĂ©gime fĂ©odal, par sa nature, avait engendrĂ© dans les siĂšcles prĂ©cĂ©dents la Chevalerie qui deviendra un de ses plus importants supporteurs’’, pour ne pas dire son Fleuron. La Chevalerie, dite fille de la FĂ©odalitĂ©, n’aurait pu exister sans la force motrice de la FĂ©odalitĂ© qui a bousculĂ© l’Histoire des peuples de l’Orient Ă  l’Occident par la constitution des Ordres chevaleresques souverains lĂ  oĂč ils s’établissent. La Chevalerie devient l’Antichambre de l’Ordre, vecteur et promoteur des diffĂ©rentes sciences issues des dĂ©couvertes architecturales, artistiques, techniques, scientifiques, abritĂ©es par les diverses institutions créées au sein de Commanderies et de MonastĂšres qui se constituent en vĂ©ritables centres d’hĂ©bergement de travaux de recherche et d’apprentissage, dĂ©livrĂ©s sur un mode d’enseignement transmis dans les formes dĂ©finies par l’Ordre. Il en fut ainsi pour l’Ordre BĂ©nĂ©dictin etl’Ordre des Cisterciens qui furent les tout premiers. DĂšs lors, on assiste Ă  une recrudescence d’Ordres, dont les Ordres militaires et leurs moines-soldats composĂ©s de chevaliers auxquels se joignent des clercs et des laĂŻcs, tel l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de JĂ©rusalem, qui subsiste encore de nos jours sous l’appellation de l’Ordre de Malte ; les Ordres Hospitaliers qui ont donnĂ© l’Ordre des Chevaliers Teutoniques ; enfin l’Ordre religieux, placĂ© sous la double influence de saint BenoĂźt et de saint Bernard de Clairvaux, qui a donnĂ© l’Ordre du Temple. Celui-ci fondĂ© Ă  JĂ©rusalem en 1119 connut une fin tragique sous la pression d’une monarchie, cette fois non pas dĂ©cousue comme aux premiers temps de la fĂ©odalitĂ©, mais absolue avec Philippe le Bel. Ainsi la Chevalerie conçue tel un corps sociĂ©tal prend le statut d’une activitĂ© de dĂ©fense et de protection, placĂ©e sous la tutelle d’un Ordre chevaleresque auquel sont rattachĂ©s les Chevaliers. Toutefois le premier chevalier, certes constituĂ© en homme libre Ă  la solde d’un chĂątelain qui prenait soin de le maintenir en un niveau de faibles ressources, avait les devoirs de sa charge de teneur militaire, par la permanence d’une supervision de la production et de l’exploitation des terres par la population, vis-Ă -vis de laquelle il avait une autoritĂ© hiĂ©rarchique qui lui confĂ©rait le pouvoir de faire rĂ©gner l’ordre et de prĂ©lever impĂŽts et taxes ; de nature juridique, qui l’obligeait Ă  participer Ă  des conseils de justice rĂ©unis Ă  l’initiative du Seigneur ; de dĂ©vouement total Ă  une cause d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral Ă  l’exemple de celui des croisades. Le Seigneur de son cĂŽtĂ© avait des obligations envers son vassal Ă  qui il accordait le titre de Chevalier selon une Ă©chelle des graduations sociales le rang modeste du chevalier lui confĂ©rait une qualitĂ© de bienfaiteur Ă  la suite d’un entretien qui constatait une fonction de domestique au sens large du terme ; Ă  un vassal de rang plus Ă©levĂ©, il Ă©tait accordĂ© la concession d’une terre en viager qui lui donnait les moyens d’une existence dĂ©cente et d’une transmission hĂ©rĂ©ditaire ; et Ă  tous le suzerain Ă©tait tenu d’assurer protection en toutes circonstances. C’est pourquoi la chevalerie, Ă  l’époque de sa naissance au XIe siĂšcle, prenait place directement sous la noblesse de sang, sans prĂ©tendre Ă  la notoriĂ©tĂ© d’un lignage aristocratique pas plus qu’à la richesse, qui relĂšve d’un titre attachĂ© Ă  un domaine seigneurial, ou le droit de ban d’un sire. A cet Ă©gard, il convient de prĂ©ciser que la noblesse ne portait aucune considĂ©ration Ă  la Chevalerie, contrairement Ă  de fausses suppositions qui ressortent d’une littĂ©rature de l’épopĂ©e chevaleresque laissant entendre un statut de noblesse Ă  tout chevalier. Dans les faits, ce sont les chevaliers qui ambitionnaient une telle lignĂ©e de rang au titre de service rendu Ă  la noblesse, dont l’accĂšs ne leur Ă©tait pas totalement fermĂ©. Le meilleur moyen d’y parvenir demeurait dans le mariage avec une dame de sang, avec qui les liens matrimoniaux assuraient une promesse de pĂ©nĂ©trer le milieu de la noblesse. Toutefois au dĂ©but du XIIIe siĂšcle la noblesse, sensible Ă  une incursion non maĂźtrisĂ©e de sa sociĂ©tĂ©, inventa une sorte de sacralisation de la qualitĂ© de chevalier par l’adoubement rĂ©servĂ© Ă  ses descendants, ceci pour se donner les moyens de contrĂŽler l’accĂšs au rang de la noblesse par les liens du mariage. Il s’ensuivit que la noblesse chercha Ă  rejoindre la chevalerie par l’exaltation des valeurs prestigieuses qu’offrait l’Ordre chevaleresque. La naissance devenait alors une condition pour devenir Chevalier, si bien que dĂšs le XIVe siĂšcle, tous les chevaliers Ă©taient issus de la noblesse ou anoblis, sans que pour autant les nobles ne soient systĂ©matiquement chevaliers. Des chevaliers sont issus les guerriers d’élite et les cavaliers combattants soumis Ă  des conditions de recrutement en fonction de l’ñge et de l’endurance physique requise, car l’exigence d’une robustesse corporelle devait supporter une charge importante constituĂ©e par le port d’une armure et d’armes. La littĂ©rature nous rĂ©vĂšle que la Chevalerie tentait Ă  sa crĂ©ation d’agir dans une certaine Ă©thique militaire pour la protection d’un territoire sans combat mortel contre l’adversaire. Nous n’entrerons pas plus loin sur le terrain guerrier des Croisades qui sort de notre sujet de la Chevalerie. A la vocation hospitaliĂšre, militaire et guerriĂšre de l’Ordre chevaleresque, vient s’ajouter une notoriĂ©tĂ© religieuse. Revenons sur le dĂ©cor des lieux et les acteurs de l’Ordre de la Chevalerie reprĂ©sentĂ©s dans les fresques, toiles et peintures qui donnent un aperçu du cĂ©rĂ©moniel attachĂ© Ă  l’adoubement. Le rituel de l’adoubement crĂ©ait le chevalier dans une atmosphĂšre de solennitĂ© religieuse au centre de laquelle Dieu Ă©tait pris Ă  tĂ©moin. Sous l’aval de l’Eglise influente dans la bĂ©nĂ©diction d’un Ordre tel celui de Chevalier, ordre’’ Ă©tant pris dans le sens de sacrement, le nouvel Ă©lu tient la lĂ©gitimitĂ© morale de sa nouvelle condition Ă  partir de son adoubement. L’adoubement est donc l’acte qui arme le postulant dĂ©clarĂ© Chevalier. Cet Ă©vĂ©nement majeur constitue le point d’ancrage dans l’Ordre de Chevalerie. Il relĂšve d’une cĂ©rĂ©monie rituĂ©lique Ă  caractĂšre initiatique dont la cĂ©lĂ©bration procĂšde d’une Ă©lĂ©vation Ă  un nouvel Ă©tat qui repose sur une Ă©thique rĂ©servĂ©e Ă  un Ordre chevaleresque confĂ©rant de nouveaux droits sociaux par une capacitĂ© Ă©conomique et une facultĂ© d’autonomie, professionnels de par une supĂ©rioritĂ© dĂ©sormais acquise, et un devoir religieux dans la dĂ©fense de la paix et de l’Ordre sans oublier le soutien Ă  l’Eglise. Cette cĂ©rĂ©monie, cĂ©lĂ©brĂ©e dans l’enceinte d’une Ă©glise, Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e d’une veillĂ©e de priĂšres suivies d’une confession. Au matin de la grande fĂȘte, le futur chevalier prenait un bain rituĂ©lique en signe de renouvellement des promesses de son baptĂȘme qui lui procurait une seconde purification. Le cĂ©lĂ©brant, gĂ©nĂ©ralement un ecclĂ©siastique, bĂ©nissait l’épĂ©e dĂ©posĂ©e sur l’autel et la remettait entre les mains du postulant. Celui-ci recevait ensuite les armes, avant de ceindre le baudrier portant l’épĂ©e qu’il dĂ©gainait trois fois avant de la remettre au fourreau. Le Chevalier recevait la bĂ©nĂ©diction de l’officiant qui lui donnait le baiser de paix et la fameuse colĂ©e, la gifle sensĂ©e le rĂ©veiller Ă  ses nouveaux devoirs, qu’il ratifiait par une prestation de serment. Ce rituel, trĂšs simple au dĂ©part, se terminait par la remise des Ă©perons d’or et de la banniĂšre par les nobles prĂ©sents Ă  cette cĂ©rĂ©monie d’investiture. La banniĂšre Ă©tait l’emblĂšme moral et idĂ©ologique des devoirs acceptĂ©s par le Chevalier. Le cĂ©rĂ©moniel de l’adoubement au XIIe siĂšcle d’une grande simplicitĂ© fut revisitĂ© pour donner une consistance plus majestueuse et prendre la forme d’un vĂ©ritable rituel un siĂšcle plus tard, sans doute pour renforcer la vocation pieuse de l’Ordre. A cet Ă©gard d’ailleurs, une date symbolique soigneusement choisie parmi les fĂȘtes religieuses confĂ©rait Ă  l’évĂ©nement un caractĂšre mĂ©morable. AprĂšs avoir dressĂ© les multiples facettes d’une chronologie sĂ©culaire de l’Ordre chevaleresque et de son parcours intercontinental oĂč se sont trouvĂ©s mĂȘlĂ©s tous les genres sociaux, politiques, coutumiers, culturels et religieux, depuis le Moyen-Ăąge jusqu’à l’arrivĂ©e des Chevaliers du Temple en la Vieille Ecosse, nous assistons Ă  l’entrĂ©e de la Chevalerie dans les Rites maçonniques. En effet, le roi Robert Bruce sorti victorieux de la Bataille de Bannockburn le 24 juin 1314 grĂące aux Chevaliers du Temple, et pour les rĂ©compenser de leur participation les constitua en Ordre de Saint AndrĂ© du Chardon, consĂ©cration qui signe alors l’entrĂ©e de la Chevalerie dans la maçonnerie jacobite. Toujours Ă  propos des Chevaliers du Temple, Nous saisissons les propos du Grand MaĂźtre, Robert Ambelain, qui explique que Jacques VI d’Ecosse fonde la Rose-Croix Royale avec trente-deux chevaliers de Saint AndrĂ© du Chardon, alors qu’il Ă©tait Grand MaĂźtre des Maçons opĂ©ratifs d’Ecosse. TombĂ© dans l’oubli, ou faute de recrutement valable, ou rarĂ©fiĂ© dans le secret, l’Ordre de Saint AndrĂ© du Chardon est rouvert en 1687, avant son exil en France, par le roi Jacques II. Et lĂ  on voit apparaĂźtre au grand jour cet Ordre maçonnique
 qui a pour nom Ordre des MaĂźtres Ecossais de Saint André’’, nom qu’il ne quitta plus. » Ainsi, la Franc-Maçonnerie emprunta l’éthique chevaleresque pour dresser un socle rĂ©servĂ© aux valeurs de la Chevalerie pour laquelle furent Ă©tablis grades et degrĂ©s assortis de Rituels spĂ©cifiques Ă  cette classe d'InitiĂ©s. Au Rite Ecossais Primitif et en d’autres Rites dont bien vraisemblablement le Rite Ecossais RectifiĂ©, les actes rituels, qui composent les Rituels dits d’ Adoubement’’, prĂ©sentent bien des points communs et comparables aux cĂ©lĂ©brations d’antan, prĂ©cisĂ©ment lors de la cĂ©rĂ©monie de RĂ©ception en la Chambre Ă©cossaise chapitrale Ă  l’issue de laquelle l’ImpĂ©trant est armĂ© Chevalier. Il y a lieu Ă©galement de souligner la dĂ©nomination de la prestation de serment Ă  ces Grades qui est qualifiĂ©e d’Obligation d’Ordre. Quand pour accĂ©der Ă  la LumiĂšre, le futur InitiĂ© donnait la dĂ©monstration d’une volontĂ© Ă  possĂ©der des qualitĂ©s morales, les interrogations n’écartaient aucune incompatibilitĂ© Ă  une adhĂ©sion plus lointaine de l’aspirant aux valeurs que l’Ordre maçonnique prĂȘte au Chevalier. Ainsi, nous prenons conscience de l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© d’une introduction dans la Chambre de rĂ©flexion prĂ©alablement Ă  l’Initiation qui est renouvelĂ©e pour l’aspirant Ă  la Chevalerie dans la veillĂ©e de priĂšre avant son adoubement, figurĂ©e dans le rituel du REP par un nouveau passage placĂ© sous le signe du silence dans l’isolement. Outre les similitudes avec la Chevalerie du Moyen-Ăąge, dont celle essentielle dans la remise des armes constituant un Ă©vĂ©nement unique et exceptionnel autant que la gestuelle qui entoure l’adoubement, les Chevaliers – issus de la Franc-Maçonnerie du XVIIe siĂšcle – s’attardent sur les aspects d’une nature profonde d’essence philosophique et spirituelle qui relie l’esprit de cette rituĂ©lie au Chevalier en habit de LumiĂšre. Etre Franc-Maçon et Chevalier dans l’Ordre de la Franc-Maçonnerie est un cheminement dans la recherche d’une noblesse et d’une paix intĂ©rieures dont la frontiĂšre dĂ©passe la pensĂ©e profane pour s’attacher Ă  une sensibilitĂ© qui cĂŽtoie avant tout l’honneur et la probitĂ©. Etre Chevalier c’est Ă©prouver la soliditĂ© et la conduite d’une dĂ©marche rectiligne et ascensionnelle vers la vĂ©ritable noblesse du cƓur. C’est subir une dĂ©cantation alchimique des forces de l’ñme et du corps pour un Ă©quilibre parfait entre l’esprit et la matiĂšre. Le Chevalier d’antan avait deux suppĂŽts dans sa quĂȘte de l’absolu le Saint Graal Ă  la conquĂȘte duquel il se muait en perpĂ©tuel errant Ă  travers les terres et sa Dame, la nĂ©cessaire inspiratrice de son dĂ©sir de perfectionnement. Le Saint Graal, calice, taillĂ© dans l’émeraude tombĂ©e du front de Lucifer lors de sa chute finale, parvenu on ne sait par quel miracle au pied du Golgotha pour recueillir le sang du Christ, calice qui contient la plus haute connaissance qui puisse ĂȘtre communiquĂ©e Ă  l’Homme, savoir la prĂ©sence manifestĂ©e de Dieu au milieu de sa CrĂ©ation. Le Saint Graal, sublime et ultime but du chevalier errant, cherchant le secret de la pierre philosophale et la rĂ©alisation de sa noblesse intĂ©rieure. La Dame, miroir de l’ñme transcendante du hĂ©ros, offre la partie spirituelle de l’homme, sa nature cĂ©leste Ă©manĂ©e, image divine qu’il reconnaĂźt dans la femme comme appartenant Ă  son noble for intĂ©rieur. L'ImpĂ©trant, le bandeau Ă  peine tombĂ©, dĂ©couvre la LumiĂšre et durant sa nouvelle vie, il s’emploiera Ă  suivre cette lueur lumineuse, son Graal immatĂ©riel. Lors de sa RĂ©ception, le nouvel InitiĂ© reçoit des mains du VĂ©nĂ©rable une deuxiĂšme paire de gants en d’autres Rites que le REP, il s’agit bien souvent d’une rose que les usages modernes ont substituĂ©e Ă  ce symbole majeur du nouvel InitiĂ©, qu’il doit remettre Ă  la personne qu’il admire le plus et susceptible de le conforter dans son rayonnement maçonnique. L’armure du Chevalier est taillĂ©e dans l’acier de la Force, enveloppĂ©e de la soie de la Sagesse et resplendissante par l’éclat de sa BeautĂ©. Le Chevalier est la FORCE, la force inĂ©branlable de sa mission de protecteur du faible. Le Chevalier est la SAGESSE, la sagesse de l’homme initiĂ© qui dĂ©passe le vulgaire. Le Chevalier est la BEAUTÉ, la beautĂ© de son esprit qui ordonne toutes ses plus nobles actions. Ainsi doit ĂȘtre le MaĂźtre Parfait Ecossais Chevalier de Saint AndrĂ©, Enfant de la Veuve, familier d’un Rite dont la SpiritualitĂ© le conduit Ă  mettre en exergue, dans un monde dĂ©shumanisĂ© de ce XXIe siĂšcle, les valeurs hĂ©ritĂ©es de la tradition primordiale, dont la protection des plus faibles par un dĂ©ploiement de la Force dans une sociĂ©tĂ© en dĂ©perdition des vertus morales et humaines ; la recherche de la Sagesse par un dĂ©passement du prĂȘt-Ă -penser et un retour aux sources vives et vivifiantes de l’ñme, oĂč reposent des ressources enfouies dans un terroir Ă  mettre Ă  dĂ©couvert, Ă  savoir en ĂŽter la couverture comme le bandeau tombĂ© pour donner toute la LumiĂšre, et illuminer notre trĂ©fonds intĂ©rieur ; l’appel Ă  la BeautĂ© pour flamboyer jusqu’à l’exaltation du geste chevaleresque’’ au nom de la SolidaritĂ©, de l’Amour universel et de la Chaine fraternelle Ă©vangĂ©lisatrice’’ dans l’harmonie et la concorde des Sentinelles de LumiĂšre. La Chevalerie des Jacobites du IIIe millĂ©naire est une maniĂšre d’ĂȘtre autant qu’une raison d’ĂȘtre. Nous aurions pu donner pour titre Ă  cette chronique Ă©cossoise Le REP, un rite militaire et chevaleresque’’ qui dĂ©finit en quelque mots la double filiation Ă  un Ordre militaire et Ă  un Ordre chevaleresque, par ses origines militaires Ă  partir des Loges des RĂ©giments Ă©cossais et irlandais de la maçonnerie jacobite ayant suivi le roi Jacques II Stuart en son exil, la reconnaissance d’une Chevalerie affichĂ©e dont les Rituels des derniers grades et degrĂ©s du Rite Ecossais Primitif confirment son attachement Ă  un Ă©sotĂ©risme chrĂ©tien, tel que voulu par le Chevalier de Ramsay et les jacobites. Au-delĂ  du temps qui passe, le Rite Ecossais Primitif a gardĂ© cette double appartenance qui transpire au travers de ses Rituels et des Instructions dialoguĂ©es qui Ă©clairent leur contenu. Elisabeth Mutel, Theophilos Eques a Probitas. Document dĂ©posĂ© sur le site du Rite Ecossais Primitif en dĂ©cembre 2013 Source Les chevaliers au moyen Ăąge du 13e siĂšcle C’est une affaire de groupe, de guerriers-partenaires s’exerçant rĂ©guliĂšrement entre eux. Quelques soient leurs origines sociales, les chevaliers au moyen Ăąge forment une compagnie Ă©litiste. Ils vivent ensemble, chevauchent ensemble, tuent ensemble. Ils se sentent invincibles et meurent d’ailleurs rarement au combat la mortalitĂ© Ă  l’époque est de 1 %. Les chevaliers, une organisation et un groupe structurĂ© Leur destrier pour charger et s’enfuir ! Leur Ă©quipement dĂ©fensif. Leur technique de combat les armes de contact lance, Ă©pĂ©e
. Leur Ă©quipe ils combattent toujours Ă  plusieurs. Leur statut social cela leur permet de valoir cher, plus rentable capturĂ© que tuĂ©. Leur religion s’entre-tuer entre chrĂ©tiens est trĂšs mal perçu, donc rare ; ils se rattrapent avec les infidĂšles
 Histoire sur la chevalerie Le chevalier au moyen Ăąge errant est un mythe romantique, dans la rĂ©alitĂ© historique, ĂȘtre chevalier signifie ĂȘtre au service d’un supĂ©rieur hiĂ©rarchique. Ils guerroyent pour le butin, Ă  la guerre et au tournoi. Ils ne se battent qu’entre eux, ne combattent pas jusqu’à la mort et se rendent en cas de dĂ©faite. Ils ne cherchent pas la confrontation avec les combattants Ă  pied, sauf pour s’en dĂ©fendre par nĂ©cessitĂ©. Leurs chevaux sont des compagnons. Ils valent un prix considĂ©rable, l’équivalent de centaines de milliers d’euros. Le chevalerie franque est une confrĂ©rie performante soudĂ©e par ce sentiment trĂšs fort d’appartenance Ă  une classe sociale supĂ©rieure. Les chevaliers se considĂšrent au-dessus du commun des mortels, et plus leur noblesse s’affirmera au cours des siĂšcles, plus leur arrogance augmentera. Cela sonnera le glas de cette institution au XVI° siĂšcle. Le cheval
la fidĂšle monture du chevalier C’est obtenir de la part d’un cheval une complicitĂ© pour des actes guerriers tels que la charge Ă  la lance, le duel Ă  l’arme de poing, l’encerclement de l’adversaire, la dĂ©robade, la bousculade, actions qualifiĂ©es aprĂšs le Moyen Age de Haute Ă©cole ». Les figures artistiques modernes sont Ă  l’origine de ces exercices de dĂ©fense et d’attaque. L’art de la guerre a façonnĂ© l’équitation de prestige, ce n’est ni la charrue ni la promenade. Les destriers sont capables de mordre, de se cabrer et de ruer contre les autres chevaux. Ils le font d’eux-mĂȘme pour seconder leur maĂźtre. Les chevaux entiers sont plus aptes Ă  ce genre d’attaques corporelles trĂšs dangereuses. Le cheval est entrainĂ© Ă  percuter et Ă©craser un obstacle humain mis en travers de sa trajectoire. Il ne cherchera pas Ă  l’éviter, sa confiance en son cavalier est totale. C’est au cavalier de dĂ©cider si cette action est utile ou risquĂ©e. La charge collective accentue l’effet char d’assaut », le plus souvent contre des adversaires regroupĂ©s, surpris, en fuite, dĂ©sorganisĂ©s. La charge individuelle permet de dĂ©gager un compagnon isolĂ©, de le ramener au sein de son groupe. La meilleure arme du chevalier est son cheval. Sa rapiditĂ© lui permet de rattraper des piĂ©tons, de se mettre hors de portĂ©e, voire de fuir. Salva Terra propose de nombreuses reconstitutions Ă  ces visiteurs. Nous partageons Ă©galement avec d’autres compagnies notre passion autour de cette Ă©poque fĂ©odale. Miguel de CERVANTES L'IngĂ©nieux hidalgo Don Quichotte de la Manche 1605 Voir sur Amazon border l'Ɠuvre de Cervantes ne va pas sans mal si le personnage est connu, il l'est comme on connaĂźt un mythe, sans trop savoir au fond ce qui le constitue, en reprenant au hasard des lieux communs et des formules, applicables Ă  des situations d'ailleurs contradictoires. Quant au roman, il a tĂŽt fait de dĂ©courager par la complexitĂ© de sa syntaxe, ses inĂ©vitables longueurs et tous les tiroirs propres Ă  l'esthĂ©tique baroque. Il fallait oser sans doute bousculer le chef-d'Ɠuvre, lui refuser ce respect si mortifĂšre qu'on voue aux "classiques" pour que, naturellement, tout retrouve sa vigueur et, au fond, sa simplicitĂ©. C'est ce qu'a fait Aline Schulman1 dans la traduction qu'on a si heureusement inscrite Ă  notre programme les dĂ©tours alambiquĂ©s de la phrase y sont prestement contournĂ©s, et l'on refuse Ă  ce cul-terreux de Sancho l'emploi de l'imparfait du subjonctif. VoilĂ  qui devrait insuffler Ă  notre lecture l'Ă©lan indispensable, au moins pour Ă©viter de mĂ©riter la libĂ©ralitĂ© mĂ©prisante du vieil hidalgo Ă  l'endroit de son Ă©cuyer Dors, toi qui es nĂ© pour dormir... » Un tel personnage semblera trouver naturellement sa place au sein d'un programme destinĂ© Ă  s'interroger sur les "puissances de l'imagination". Et pourtant, n'y a-t-il pas aussi quelque paradoxe Ă  le placer sous cette banniĂšre, lui qui, au fond, ne fait qu'emprunter leurs motifs et leurs personnages Ă  des livres et s'entĂȘte Ă  les respecter Ă  la lettre ? Certes, son imagination est bel et bien frappĂ©e par les Ă©popĂ©es chevaleresques au point de voir ce qui n'existe pas, mais pour peu qu'on s'avise de donner au mot imagination son sens plein "facultĂ© de crĂ©er, d'inventer des images, des formes ou des figures nouvelles", on se trouve devant une ambiguĂŻtĂ© prĂ©occupante. Le fait est que Don Quichotte n'invente rien mĂȘme pas son nom, Ă  peine dĂ©rivĂ© de son patronyme probable Quichana il rebaptise, tout au plus, et manifeste en un certain sens un conformisme Ă  toute Ă©preuve. Que signifie alors l'adjectif "ingĂ©nieux" dont le pare le titre du roman, l'ingenium latin dĂ©signe un gĂ©nie crĂ©ateur ? L'imagination de Don Quichotte est-elle une simple activitĂ© mĂ©morielle, ou recouvre-t-elle une volontĂ© plus active de crĂ©ation ? Si oui, quel sens faut-il lui donner dans l'Ă©poque charniĂšre qui est la sienne ? Le modĂšle livresque L'intention affichĂ©e par l'auteur dans le Prologue est de ruiner le crĂ©dit et l'autoritĂ© qu'ont dans le monde et parmi le vulgaire les romans de chevalerie » et de le faire de maniĂšre que le lecteur mĂ©lancolique ne puisse s'empĂȘcher de rire ». Don Quichotte se prĂ©sente ainsi comme un roman parodique d'un genre Ă  la mode, et le hĂ©ros Ă©ponyme est d'emblĂ©e affublĂ© d'une Ă©trange folie Il avait Ă  toute heure et Ă  chaque instant l'imagination remplie des combats, des dĂ©fis, des enchantements, des aventures, des amours, bref, de ces absurditĂ©s que l'on trouve dans les romans de chevalerie, et tout ce qu'il disait, pensait ou faisait n'avait d'autre but que de s'y conformer » ch. XVIII, p. 187. FrĂšre aĂźnĂ© d'Emma Bovary, Don Quichotte confond le livre et la rĂ©alitĂ©, ce qui ne peut manquer de se solder par une imitation constante du modĂšle de papier. Ainsi dans ce dĂ©lire Ă©tourdissant du chapitre XVIII, oĂč, face Ă  deux troupeaux de moutons, le chevalier dĂ©taille pour Sancho ahuri les deux armĂ©es qu'il voit devant lui, tant il Ă©tait imprĂ©gnĂ© de ce qu'il avait lu dans ses livres mensongers » p. 190. Son dĂ©sir lui fait ordonner son dĂ©lire la cascade des noms et des titres, identifiĂ©s sans hĂ©sitation, finissent dans leur mĂ©lange par crĂ©er toute une armĂ©e mythologique, l'allĂ©gorie vibrante de l'Ennemi. Ce psittacisme doit nous faire rĂ©flĂ©chir Ă  la nature de son imagination elle n'est d'abord faite que d'imitation, d'une activitĂ© purement mĂ©morielle quoique combinatoire. L'ingĂ©niositĂ© de Don Quichotte ne sert ici qu'Ă  l'enfermer dans sa schizophrĂ©nie car, jamais, l'Ă©vidence du rĂ©el, reprĂ©sentĂ©e si souvent par Sancho, n'est capable de le dĂ©tromper. Il y a toujours quelque enchanteur pour avoir au dernier moment transformĂ© les gĂ©ants en moulins Ă  vent 102, deux escadrons de soldats en troupeaux de moutons 192 ou fait en sorte que les gens du vulgaire ne voient qu'un plat Ă  barbe dans ce qui est bel et bien le heaume de Mambrin 270. Cette invocation perpĂ©tuelle de la magie tient lieu de raison Ă  ce dĂ©ment car le Livre est pour lui un code de conduite qui jalonne son parcours de valeurs-repĂšres, un viatique indispensable qui justifie son infortune et supplĂ©e Ă  l'arbitraire comme Ă  la mĂ©diocritĂ© du rĂ©el. Don Quichotte n'est pas l'homme de l'extravagance, mais plutĂŽt le pĂšlerin mĂ©ticuleux qui fait Ă©tape devant toutes les marques de la similitude. Il est le hĂ©ros du MĂȘme. Pas plus que de son Ă©troite province, il ne parvient Ă  s'Ă©loigner de la plaine familiĂšre qui s'Ă©tale autour de l'Analogue. IndĂ©finiment il la parcourt, sans franchir jamais les frontiĂšres nettes de la diffĂ©rence, ni rejoindre le cƓur de l'identitĂ©. Or, il est lui-mĂȘme Ă  la ressemblance des signes. Long graphisme maigre comme une lettre, il vient d'Ă©chapper tout droit du bĂąillement des livres. Tout son ĂȘtre n'est que langage, texte, feuillets imprimĂ©s, histoire dĂ©jĂ  transcrite. Il est fait de mots entrecroisĂ©s; c'est de l'Ă©criture errant dans le monde parmi la ressemblance des choses. Pas tout Ă  fait cependant car en sa rĂ©alitĂ© de pauvre hidalgo, il ne peut devenir le chevalier qu'en Ă©coutant de loin l'Ă©popĂ©e sĂ©culaire qui formule la Loi. Le livre est moins son existence que son devoir. Sans cesse il doit le consulter afin de savoir que faire et que dire, et quels signes donner Ă  lui-mĂȘme et aux autres pour montrer qu'il est bien de mĂȘme nature que le texte dont il est issu. Les romans de chevalerie ont Ă©crit une fois pour toutes la prescription de son aventure. Et chaque Ă©pisode, chaque dĂ©cision, chaque exploit seront signes que Don Quichotte est en effet semblable Ă  tous ces signes qu'il a dĂ©calquĂ©s. Mais s'il veut leur ĂȘtre semblable, c'est qu'il doit les prouver, c'est que dĂ©jĂ  les signes lisibles ne sont plus Ă  la ressemblance des ĂȘtres visibles. Tous ces textes Ă©crits, tous ces romans extravagants sont justement sans pareils nul dans le monde ne leur a jamais ressemblĂ©; leur langage infini reste en suspens, sans qu'aucune similitude vienne jamais le remplir; ils peuvent brĂ»ler tout et tout entiers, la figure du monde n'en sera pas changĂ©e. En ressemblant aux textes dont il est le tĂ©moin, le reprĂ©sentant, le rĂ©el analogue, Don Quichotte doit fournir la dĂ©monstration et apporter la marque indubitable qu'ils disent vrais, qu'ils sont bien le langage du monde. Il lui incombe de remplir la promesse des livres. A lui de refaire l'Ă©popĂ©e, mais en sens inverse celle-ci racontait prĂ©tendait raconter des exploits rĂ©els promis Ă  la mĂ©moire; Don Quichotte, lui, doit combler de rĂ©alitĂ© les signes sans contenu du rĂ©cit. Son aventure sera un dĂ©chiffrement du monde un parcours minutieux pour relever sur toute la surface de la terre des figures qui montrent que les livres disent vrai. L'exploit doit ĂȘtre preuve il consiste non pas Ă  triompher rĂ©ellement – c'est pourquoi la victoire n'importe pas au fond –, mais Ă  transformer la rĂ©alitĂ© en signe. En signe que les signes du langage sont bien conformes aux choses elles-mĂȘmes. Don Quichotte lit le monde pour dĂ©montrer les livres. Et il ne se donne d'autres preuves que le miroitement des ressemblances. Tout son chemin est une quĂȘte aux similitudes les moindres analogies sont sollicitĂ©es comme des signes assoupis qu'on doit rĂ©veiller pour qu'ils se mettent de nouveau Ă  parler. Les troupeaux, les servantes, les auberges redeviennent le langage des livres dans la mesure imperceptible oĂč ils ressemblent aux chĂąteaux, aux dames et aux armĂ©es. Ressemblance toujours déçue qui transforme la preuve cherchĂ©e en dĂ©rision et laisse indĂ©finiment creuse la parole des livres. Mais la non-similitude elle-mĂȘme a son modĂšle qu'elle imite servilement elle le trouve dans la mĂ©tamorphose des enchanteurs. Si bien que tous les indices de la non-ressemblance, tous les signes qui montrent que les textes Ă©crits ne disent pas vrai, ressemblent Ă  ce jeu de l'ensorcellement qui introduit par ruse la diffĂ©rence dans l'indubitable de la similitude. Et puisque cette magie a Ă©tĂ© prĂ©vue et dĂ©crite dans les livres, la diffĂ©rence illusoire qu'elle introduit ne sera jamais qu'une similitude enchantĂ©e. Donc un signe supplĂ©mentaire que les signes ressemblent bien Ă  la vĂ©ritĂ©. Michel Foucault, Les Mots et les Choses 1966. En personnage de la Renaissance, Don Quichotte revendique l'imitation comme la voie la plus juste de la perfection comme le peintre s'efforce d'imiter les tableaux des grands maĂźtres, le chevalier errant qui imitera le mieux Amadis de Gaule approchera au plus prĂšs de la perfection de la chevalerie ». Fort de cette conviction, il multiplie les occasions de ressembler Ă  son modĂšle, d'autant plus quand les circonstances s'y prĂȘtent pauvrement. Parfois, en effet, le dĂ©lire de Don Quichotte est comme planifiĂ©, comme peut l'ĂȘtre une ascĂšse systĂ©matique. Ici sa folie semble pouvoir s'accommoder d'une entreprise tout expĂ©rimentale. Ainsi dans ce chapitre oĂč il choisit d'imiter la folie du chevalier trahi par sa dame, comme un vĂ©ritable thĂšme, une sorte d'exercice. À l'Ă©tonnement de Sancho, il peut dĂšs lors rĂ©torquer Qu'un chevalier errant devienne fou pour une raison, bonne ou mauvaise, on n'a pas Ă  lui en savoir grĂ©. Mon mĂ©rite est de perdre le jugement sans motif, donnant ainsi Ă  penser Ă  ma dame que, si je fais cela Ă  froid, que ne ferais-je Ă  chaud ! [...] Ainsi donc, Sancho, ne perds pas de temps avec tes conseils je ne renoncerai pas Ă  une imitation si rare, si heureuse, si nouvelle. Fou je suis, et fou je serai jusqu'Ă  ce que tu reviennes, avec la rĂ©ponse Ă  une lettre que tu vas aller porter de ma part Ă  ma dame DulcinĂ©e. » ch. XXV, p. 269. Il faut pour cela tenir compte de la part de volontĂ© qui entre dans l'imagination de Don Quichotte. A plusieurs reprises, sa clairvoyance, voire sa pondĂ©ration, nous Ă©tonnent et justifient la remarque du curĂ© Mis Ă  part les sottises qu'il dĂ©bite sur tout ce qui concerne sa folie, dĂšs qu'on parle avec lui d'autre chose, ses propos sont empreints de bon sens et il s'exprime avec clartĂ© et discernement. Aussi, tant qu'on ne touche pas Ă  la chevalerie, personne ne peut croire qu'il a perdu la tĂȘte. » ch. XXX, p. 346. Souvent, l'application mise Ă  croire en ses fantasmes laisse le lecteur perplexe sur la nature de ses Ă©garements bien des indices laissent Ă  penser qu'ils sont concertĂ©s, comme ces invocations adressĂ©es Ă  la Nature et Ă  DulcinĂ©e sur le mode de la lamentation 270-271 ou cette remarque adressĂ©e Ă  Sancho lorsque celui-ci dĂ©couvre que DulcinĂ©e n'est qu'Aldonza Lorenzo, "solide garce" du pays Pour ce que j'attends de DulcinĂ©e, elle vaut pour moi la plus grande princesse de la terre.[...] Il me suffit donc de dĂ©cider et de croire que la bonne Aldonza Lorenzo est belle et honnĂȘte.[...] En un mot, j'imagine que ce que je dis est comme je le dis, ni plus ni moins; et je la vois en esprit telle que la veut mon dĂ©sir. » Sur ce plan, Don Quichotte manifeste un idĂ©alisme absolu les ĂȘtres valent mieux par leur Ăąme que par leur enveloppe charnelle ou leur identitĂ© sociale. Le rĂŽle du Chevalier est de dĂ©signer cette part idĂ©ale Ă  l'attention des intĂ©ressĂ©s, de les nommer comme en un second baptĂȘme et d'interdire Ă  quiconque de douter de cette vĂ©ritĂ© manifeste L'important est de le croire sans la voir. » 80 L'imagination de Don Quichotte, si elle est constituĂ©e d'une fĂȘlure initiale, est ainsi destinĂ©e Ă  entretenir une illusion, dĂ©fendue bec et ongles contre le prosaĂŻsme du rĂ©el et la plate insignifiance des choses. L'obĂ©dience du personnage Ă  ses modĂšles chevaleresques est moins passive qu'il n'y paraĂźt, puisqu'elle est un choix de vie dont aucun des protagonistes du vieil hidalgo ne parvient Ă  faire oublier la grandeur. Un hĂ©ros problĂ©matique Cette grandeur de Don Quichotte apparaĂźtra plus nettement au moindre dĂ©placement de l'intention parodique de l'auteur vers son propos politique. Car les pĂ©rĂ©grinations du personnage seraient seulement ridicules si le monde qu'il parcourt Ă©tait exempt lui-mĂȘme de folie. Mais la dĂ©raison de ce temps est d'un autre acabit, qui fait du chevalier l'apĂŽtre obstinĂ© d'un IdĂ©al dĂ©sormais dĂ©passĂ©. Comme le note Georg LukĂĄcs, avec Don Quichotte, "la sublimitĂ© devient folie" parce que cette sorte d'ĂȘtre ne peut s'exprimer dans le monde qu'Ă  travers des aventures inadĂ©quates. Dans un autre cadre, confrontĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© palpable de ses dĂ©mons, et patronnĂ© par une idĂ©ologie de l'Esprit – religieuse ou autre –, Don Quichotte serait un hĂ©ros Ă©pique. Mais il n'est ici que problĂ©matique – c'est-Ă -dire romanesque – puisque porteur de valeurs qualitatives dans un monde inauthentique vouĂ©, lui, aux valeurs marchandes Le temps oĂč a vĂ©cu Cervantes fut celui qui assista Ă  la derniĂšre floraison d'une grande mystique dĂ©sespĂ©rĂ©e, Ă  l'effort fanatique d'une religion en train de sombrer pour se rĂ©nover par ses propres forces; le temps qui vit se dĂ©velopper une nouvelle connaissance du monde, sous des formes mystiques; la derniĂšre Ă©poque des aspirations occultes, rĂ©ellement vĂ©cues, mais dĂ©jĂ  privĂ©es de leur fin, tout ensemble curieuses et captieuses. Ce temps est celui du dĂ©monisme en libertĂ©, de la grande confusion des valeurs Ă  l'intĂ©rieur d'un systĂšme axiologique encore subsistant. Et Cervantes, en tant que chrĂ©tien fidĂšle et patriote naĂŻvement loyal, a atteint l'essence la plus profonde de cette problĂ©matique dĂ©monique dans son Ɠuvre littĂ©raire, la nĂ©cessitĂ©, pour l'hĂ©roĂŻsme le plus pur, de tourner au grotesque, pour la foi la plus ferme, de se muer en folie, dĂšs lors que les voies qui conduisent Ă  sa patrie transcendantale sont devenues impraticables, l'impossibilitĂ© que la plus pure, la plus hĂ©roĂŻque Ă©vidence subjective corresponde au rĂ©el effectif. C'est la mĂ©lancolie profonde du cours mĂȘme de l'histoire, de la fuite du temps qui montre ainsi que des contenus Ă©ternels, que des attitudes Ă©ternelles perdent leur sens dĂšs qu'ils ont fait leur temps - que le temps peut dĂ©passer l'Ă©ternel. C'est le premier grand combat de l'intĂ©rioritĂ© contre la bassesse prosaĂŻque de la vie extĂ©rieure, et l'unique combat oĂč elle ait rĂ©ussi non seulement Ă  quitter sans tache le champ de bataille, mais mĂȘme Ă  faire rayonner sur son adversaire victorieux l'Ă©clat de sa propre poĂ©sie victorieuse bien qu'ironique Ă  l'Ă©gard d'elle-mĂȘme. Georg LUKÁCS, La thĂ©orie du roman, 1920. L'imagination est donc cette force par laquelle Don Quichotte s'arme chevalier dans des "temps calamiteux" du coup, sans se dĂ©partir jamais de l'ironie qui peut accabler son personnage, ni de cette distance avec son Ɠuvre qui lui souffle d'authentifier un Sidi Ahmed Benengeli comme vĂ©ritable auteur, Cervantes multiplie les voix plurielles, les registres opposĂ©s, bref, toute une Ă©criture proprement baroque qui enrichit considĂ©rablement l'une et l'autre et Ă©vite de conclure. En ce sens, rien n'est moins apologĂ©tique que Don Quichotte le lecteur aura toujours la possibilitĂ© de conforter sa raison dans les avanies qui couvrent le personnage de ridicule; il pourra tout aussi bien le plaindre de ses infortunes ou partager ses colĂšres, puisque telle est, semble-t-il, sa vraie force. Mais jamais on ne pourra clairement dĂ©terminer la part prise par telle ou telle conviction d'ordre idĂ©ologique dans la conduite de la narration d'une page Ă  l'autre, les avis peuvent se trouver contradictoires, les personnages se mettent Ă  revĂȘtir des aspects inattendus, comme s'il importait d'abord de balayer les certitudes. Avec sa nostalgie du passĂ©, sa croyance Ă  l'unitĂ© et son amour fanatique de l'ordre, il est celui qui sĂšme le trouble, Ă©branle dogme et certitudes, dĂ©nonce scandaleusement tous les liens. Et cela [...] sans fomenter de rĂ©volte ouverte, en pratiquant une continuelle interprĂ©tation du monde qui met la rĂ©alitĂ© en cause et est Ă  elle seule une entreprise de subversion. Don Quichotte est obligĂ© d'interprĂ©ter parce que, littĂ©ralement et au double sens du mot, il ne reconnaĂźt pas ce qui est, de sorte qu'au lieu de voir les choses, de les ressentir et de saisir immĂ©diatement leurs rapports, il lui faut les comparer au modĂšle qu'il a en tĂȘte, afin de les accepter ou de les refuser selon qu'elles sont conformes ou non Ă  ses souvenirs. Tout se passe comme s'il n'avait jamais vu les objet les plus courants, un plat Ă  barbe le met hors de lui, il s'Ă©bahit devant une procession, les choses ordinaires le dĂ©concertent et, d'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, ses souvenirs concrets sont incroyablement faibles et brouillĂ©s. Mais pour son affaire il a une mĂ©moire prodigieuse, qui lui permet de compenser tant bien que mal son dĂ©faut total d'expĂ©rience de vie ce contraste entre la faiblesse de ses souvenirs rĂ©els et et l'infaillibilitĂ© de ses souvenirs livresques lui joue souvent de fort mauvais tours; dans l'histoire des PĂ©nitents il manque de le perdre, car il ne reconnaĂźt pas la Vierge. Tout de mĂȘme que les hĂ©ros homĂ©riques, eux aussi douĂ©s d'une mĂ©moire hors pair, se rĂ©fĂšrent Ă  un prĂ©cĂ©dent mythique pour lĂ©gitimer leurs actes et jusqu'aux Ă©vĂ©nements futiles de chaque jour, il interprĂšte la rĂ©alitĂ© en fonction d'un prĂ©cĂ©dent romanesque, destinĂ© Ă  lui communiquer les significations dont il n'a pas une perception directe. C'est pourtant dans cette part de son imitation, si conformiste en apparence, qu'il rĂ©vĂšle le mieux les raisons profondes de son insoumission. Marthe ROBERT, L'Ancien et le Nouveau, 1963. Mais cette insoumission – mĂȘme si Don Quichotte affirme qu' on peut dire de la chevalerie errante comme de l'amour, qu'elle nous rend tous Ă©gaux » 125 – n'est guĂšre politique elle conteste plutĂŽt l'image Ă  laquelle on rĂ©duit l'homme, ou Ă  laquelle il se rĂ©duit lui-mĂȘme, faute d'Ă©nergie ou d'ambition. A preuve sa colĂšre quand le prisonnier qu'il vient de libĂ©rer inconsidĂ©rĂ©ment refuse d'aller chanter sa louange aux pieds de DulcinĂ©e Puisqu'il en est ainsi, monsieur le fils de putain, sieur GinĂ©sille de Pacotille, ou de je ne sais trop quoi, vous irez lĂ -bas tout seul, la queue entre les jambes, avec toute la chaĂźne sur le dos ! » 241. A preuve encore ses frĂ©quents emportements contre l'Ă©troitesse de Sancho, qu'il a entrepris d'Ă©lever Ă  la dignitĂ© d'Ă©cuyer et de gouverneur, et ses imprĂ©cations contre les archers de la Santa-Hermandad, magnifiques d'insolence et de conviction gĂ©nĂ©reuse ch. XLV, On ira sans trop d'audace prononcer le mot de saintetĂ©. Les rĂ©fĂ©rences christiques s'imposent Ă©videmment, comme pour L'Idiot de DostoĂŻevski, d'autant que l'ascĂšse du personnage est souvent soulignĂ©e dans ses formes les plus Ăąpres Je ne prĂ©tends pas, et l'idĂ©e ne m'a mĂȘme pas traversĂ© l'esprit, que l'Ă©tat de chevalier errant soit aussi saint que celui du religieux cloĂźtrĂ©; mais je peux infĂ©rer des maux que j'endure que cet Ă©tat est sans aucun doute plus dur et plus difficile, qu'on y est plus affamĂ©, plus assoiffĂ©, plus misĂ©rable, plus dĂ©guenillĂ©, plus pouilleux. » ch. XIII, p. 142. Ces vertus stoĂŻques qui font supporter en effet Ă  Don Quichotte bien des coups et des humiliations lui paraissent les voies nĂ©cessaires dont il importe de ne pas dĂ©mĂ©riter. La prĂ©sence de Sancho lui est certes indispensable pour en tĂ©moigner, mais, seul aussi, dans l'ascĂšse rĂȘveuse de la sierra Morena et sous l'autoritĂ© magistrale du Livre qu'il invoque sans cesse, le hĂ©ros souhaite d'abord ne pas dĂ©mĂ©riter Ă  ses propres yeux, comme le proclame cette belle dĂ©claration du livre II Chevalier je suis, et chevalier je mourrai, s'il plaĂźt au TrĂšs-Haut. Les uns suivent le large chemin de l'orgueilleuse ambition; d'autres celui de l'hypocrisie trompeuse; et quelques-uns enfin, celui de la religion sincĂšre. Quant Ă  moi, poussĂ© par mon Ă©toile, je marche dans l'Ă©troit sentier de la chevalerie errante; mĂ©prisant, pour exercer cette profession, la fortune mais non point l'honneur, j'ai vengĂ© des injures, redressĂ© des torts, chĂątiĂ© des insolences, vaincu des gĂ©ants, affrontĂ© des monstres et des fantĂŽmes. Je suis amoureux, uniquement parce qu'il est indispensable que les chevaliers errants le soient et l'Ă©tant, je ne suis pas des amoureux dĂ©rĂ©glĂ©s, mais des amoureux continents et platoniques. Mes intentions sont toujours dirigĂ©es Ă  bonne fin, c'est-Ă -dire Ă  faire du bien Ă  tous, Ă  ne faire de mal Ă  personne. Si celui qui pense ainsi, qui agit ainsi, qui s'efforce de mettre tout cela en pratique, mĂ©rite qu'on l'appelle nigaud, je m'en rapporte Ă  Vos Grandeurs, duc et duchesse. » II, ch. XXXII Âge d'or, Ăąge de fer L'imagination de Don Quichotte tient de la rĂȘverie patriarcale. Conservateur, il Ă©voque souvent l'ordre ancien en de sempiternelles formules qu'on retrouvera sous la plume de FĂ©nelon, Montesquieu, Rousseau... c'est la traditionnelle opposition de l'Âge d'or Ă  l'Ăąge de fer. A vrai dire, ce thĂšme dĂ©jĂ  vieux est encore Ă  la mode Ă  l'Ă©poque de Cervantes, oĂč il constitue la toile de fond obligatoire des "bergeries" et des Ă©glogues bucoliques. Dans la bouche de Don Quichotte, il ne quitte pas ses attributs convenus Heureuse Ă©poque, siĂšcles bĂ©nis que les Anciens ont nommĂ©s l'Ăąge d'or ! [...] En ces temps bĂ©nis, tout Ă©tait commun Ă  tous. Pour trouver sa nourriture, il suffisait Ă  l'homme de lever la main pour cueillir le fruit doux et savoureux que le chĂȘne robuste lui tendait gracieusement. » etc. ch. XI, Cette Arcadie imaginaire, comme chez tous les penseurs millĂ©naristes, alimente en fait le procĂšs contre les temps modernes. Aux yeux de Don Quichotte, ceux-ci consacrent, contre l'ordre auquel il appartient, la mĂ©chancetĂ© grandissante de l'homme. Si l'on recense les grands flĂ©aux auxquels se heurte le chevalier errant, on identifiera d'abord, sur cette grande page qu'est la plaine de la Mancha, les signes Ă©vidents d'une activitĂ© Ă©conomique industrieuse et ceux, non moins palpables de l'oppression politique et religieuse. L'Ăąge de fer est celui du travail et des cages. Monde sans imagination, "temps nĂ©cessiteux" qu'il convient donc d'amender Apprends, Sancho, que le ciel m'a fait naĂźtre dans cet Ăąge de fer pour redonner vie Ă  celui que l'on nomme l'Ăąge d'or » ch. XX, La mission dont s'investit le Chevalier consiste-t-elle Ă  redonner Ă  l'imagination la place qu'elle a perdue ? Lorsqu'il stigmatise "les temps dĂ©testables oĂč nous vivons", Don Quichotte ne voit Ă  s'enflammer que contre la pestilence de l'amour galant et les "Ă©tranges artifices" dont se parent les dames de cour. Mais, tout au long de ses pĂ©rĂ©grinations, on saisit bien oĂč se situe l'indignitĂ© de ce temps raisonneur et intĂ©ressĂ© qui a perdu le sens des valeurs c'est toujours faute de croire, de manifester confiance et fidĂ©litĂ©, comme si cette humanitĂ© dĂ©couragĂ©e manifestait par lĂ  le malheur de sa dĂ©rĂ©liction. Rien n'est plus dĂ©monstratif que les efforts inadĂ©quats, mais vraiment hĂ©roĂŻques de Don Quichotte, pour retrouver cette norme Ă©pique qui, jadis, maintenait la plĂ©nitude de la vie ainsi que la beautĂ© de l'art et s'est lentement perdue au cours des siĂšcles. Pour les contemporains de Cervantes, une telle norme n'est mĂȘme plus concevable, sauf Ă  partir de quelques vagues souvenirs ceux-lĂ  mĂȘmes que Don Quichotte essaie de ranimer plus encombrants qu'utiles, car entre l'Olympe et la vie, entre les multiples idĂ©aux spirituels et la rĂ©alitĂ© quotidienne, la rupture est irrĂ©mĂ©diablement consommĂ©e. La doctrine chrĂ©tienne, les diverses philosophies, les dogmes et croyances de toute espĂšce ont coupĂ© peu Ă  peu la communication rĂ©guliĂšre du monde d'en bas avec son prototype divin et, par lĂ  mĂȘme, avec les normes unanimement reconnues. Ainsi, l'homme est rentrĂ© en lui-mĂȘme, le surnaturel, transportĂ© dans un domaine purement intĂ©rieur, a cessĂ© d'ĂȘtre un rĂ©servoir de forces vitales et de lois pour devenir une image, un regret ou un dĂ©sir maladif, plus prĂšs de la superstition que de la vĂ©ritĂ©. Don Quichotte prend conscience de cette rupture qui, l'ordre ancien Ă©tant tombĂ© dans l'oubli, passe tout Ă  fait inaperçue autour de lui l'absence de normes est devenue normale, mais le trouble au point de lui rendre l'existence impossible. C'est lĂ  le tourment de sa vie, et l'une des premiĂšres raisons, sinon la seule, qui motivent sa sortie. En sortant, en effet, Don Quichotte ne vise Ă  rien de moins qu'Ă  redonner une norme au monde anarchique de son Ă©poque, qui souffre sans le savoir moins de la faillite des modĂšles spirituels contemporains que de leur Ă©vanouissement, si l'on peut dire, dans une transcendance oĂč ils sont devenus inaccessibles. IdentifiĂ© avec le livre qui incarne Ă  ses yeux l'ordre parfait, un ordre non point statique, mais agissant, capable de rĂ©gulariser et de fĂ©conder le rĂ©el, il entend mettre fin Ă  la sĂ©paration des choses visibles d'avec l'invisible qui est la maladie secrĂšte de ce qu'il appelle l'Âge de fer. Ainsi, la littĂ©rature renouera les liens rompus entre le quotidien et le divin, autrement dit elle assumera par les moyens qui lui sont propres la tĂąche qui incombait jadis Ă  la mythologie. Marthe ROBERT, L'Ancien et le Nouveau, 1963. Le nigaud qui croit en la sincĂ©ritĂ© de l'hypocrite, qui mise sur les bonnes intentions du malfaisant, celui-lĂ  se grandit de sa confiance en l'homme. Cette mĂȘme foi qui inspire l'utopie de ThĂ©lĂšme de Rabelais traverse en effet Don Quichotte. Elle prend d'abord la forme de la conviction souvent rĂ©pĂ©tĂ©e qu'un homme est "fils de ses Ɠuvres" 77 Apprends qu'un homme n'est supĂ©rieur Ă  un autre qu'autant qu'il en fait plus que lui. » 193 Cette remise en cause du dĂ©terminisme social justifiĂ©e par l'action explique le rĂȘve du vieil homme dĂ©cidĂ© Ă  rĂ©concilier les lettres et les armes rendre aux premiĂšres leur vĂ©ritĂ© de chair, aux secondes leur destination gĂ©nĂ©reuse, "dĂ©fendre les faibles et les protĂ©ger de l'oppression des plus forts". C'est armĂ© de cette devise qu'il peut intimer au commissaire l'ordre de libĂ©rer les candidats aux galĂšres Il n'est pas juste de rĂ©duire au rang d'esclaves ceux que Dieu et la nature ont faits libres. [...] Il n'est pas bien que les hommes honnĂȘtes deviennent les bourreaux des autres hommes, quand ils n'y ont aucun motif.» ch. XXII, p. 239. Cette foi en l'homme peut prendre aussi les accents de la colĂšre. A proprement parler, Don Quichotte est hors de lui. La premiĂšre de ses qualitĂ©s est l'impatience impatience de sortir, de se lever, de partir, impatience aussi devant l'apathie, l'Ă©troitesse, l'irrespect des valeurs sur lesquelles il fonde son entreprise. NĂ©gligent des mĂ©faits qu'ils ont pu commettre, c'est aux misĂšres des hommes qu'il est attentif, et les seuls pĂ©chĂ©s qu'il reconnaisse - mais alors sa fureur est terrible - sont le doute ou le sarcasme Ă  l'Ă©gard des valeurs chevaleresques. Parce qu'il a besoin de ces valeurs qui cadrent et justifient son entreprise, il choisit plutĂŽt de voir le chĂątelain sous l'aubergiste, la Dame sous la putain. Son imagination dĂ©passe les apparences, dĂ©busque l'Ăąme sous l'oripeau. De lĂ  ses reproches Ă  Sancho concernant l'Ă©troitesse de son entendement, les quelques raclĂ©es qu'il lui administre, et ses injonctions l'invitant Ă  "garder le front haut" 100. Le sort ambigu de la littĂ©rature Vous, monsieur, vous Ă©tiez fait pour ĂȘtre prĂ©dicateur plutĂŽt que chevalier errant », constate Sancho 194. Le bougre n'a pas si mauvais nez Don Quichotte a du style. Mais ce que l'Ă©cuyer ne voit pas, c'est que ce style-lĂ  sort tout droit des livres, dans des formes invariables qui rappellent parfois les formules homĂ©riques. Don Quichotte les prononce comme des sĂ©sames ou des incantations, au point que Sancho s'avise de les rĂ©citer, par raillerie ch. XX. Car ces sĂ©sames n'ouvrent rien, ces incantations ne provoquent aucun sortilĂšge le monde reste obstinĂ©ment opaque, les cƓurs gardent leur Ă©troitesse. Don Quichotte dessine le nĂ©gatif du monde de la Renaissance; l'Ă©criture a cessĂ© d'ĂȘtre la prose du monde; les ressemblances et les signes ont dĂ©nouĂ© leur vieille entente; les similitudes déçoivent, tournent Ă  la vision et au dĂ©lire; les choses demeurent obstinĂ©ment dans leur identitĂ© ironique elles ne sont plus que ce qu'elles sont; les mots errent Ă  l'aventure, sans contenu, sans ressemblance pour les remplir; ils ne marquent plus les choses; ils dorment entre les feuillets des livres au milieu de la poussiĂšre. La magie, qui permettait le dĂ©chiffrement du monde en dĂ©couvrant les ressemblances secrĂštes sous les signes, ne sert plus qu'Ă  expliquer sur le mode dĂ©lirant pourquoi les analogies sont toujours déçues. L'Ă©rudition qui lisait comme un texte unique la nature et les livres est renvoyĂ©e Ă  ses chimĂšres dĂ©posĂ©s sur les pages jaunies des volumes, les signes du langage n'ont plus pour valeur que la mince fiction de ce qu'ils reprĂ©sentent. L'Ă©criture et les choses ne se ressemblent plus. Entre elles, Don Quichotte erre Ă  l'aventure. [...] Don Quichotte est la premiĂšre des Ɠuvres modernes puisqu'on y voit la raison cruelle des identitĂ©s et des diffĂ©rences se jouer Ă  l'infini des signes et des similitudes; puisque le langage y rompt sa vieille parentĂ© avec les choses, pour entrer dans cette souverainetĂ© solitaire d'oĂč il ne rĂ©apparaĂźtra, en son ĂȘtre abrupt, que devenu littĂ©rature; puisque la ressemblance entre lĂ  dans un Ăąge qui est pour elle celui de la dĂ©raison et de l'imagination. La similitude et les signes une fois dĂ©nouĂ©s, deux expĂ©riences peuvent se constituer et deux personnages apparaĂźtre face Ă  face. Le fou, entendu non pas comme malade mais comme dĂ©viance constituĂ©e et entretenue, comme fonction culturelle indispensable, est devenu, dans l'expĂ©rience occidentale, l'homme des ressemblances sauvages. Ce personnage, tel qu'il est dessinĂ© dans les romans ou le théùtre de l'Ă©poque baroque, et tel qu'il s'est instituĂ© peu Ă  peu jusqu'Ă  la psychiatrie du dix-neuviĂšme siĂšcle, c'est celui qui s'est aliĂ©nĂ© dans l'analogie. Il est le joueur dĂ©rĂ©glĂ© du MĂȘme et de l'Autre. Il prend les choses pour ce qu'elles ne sont pas, et les gens les uns pour les autres; il ignore ses amis, reconnaĂźt les Ă©trangers; il croit dĂ©masquer et il impose un masque. Il inverse toutes les valeurs et les proportions, parce qu'il croit Ă  chaque instant dĂ©chiffrer des signes pour lui les oripeaux font un roi. Michel Foucault, Les Mots et les Choses 1966. En un sens, le roman de Cervantes annonce en effet la mort de l'Ă©crit dans une Ă©poque oĂč s'imposent les valeurs d'Ă©change. Le roman de chevalerie n'est d'ailleurs pas le seul Ă  s'y trouver dĂ©pourvu de sens. L'Ă©glogue champĂȘtre, elle aussi, se voit taxĂ©e de la mĂȘme inaptitude Ă  Ă©pouser le rĂ©el la belle Marcelle rĂ©siste par vƓu de solitude aux feux de Chrysostome bouche d'or... et on enterre le berger aprĂšs avoir brĂ»lĂ© ses Ă©crits ch. XIV. Il est un autre sort pourtant de la littĂ©rature, c'est de se substituer aux textes sacrĂ©s en nous parlant du monde qu'ils ont dĂ©sertĂ©. Le roman, particuliĂšrement, se met, dĂšs cette Ă©poque, Ă  investir le rĂ©el, exigeant justement de l'auteur et des lecteurs toujours plus d'imagination. Heureux, trois fois heureux le siĂšcle oĂč l'intrĂ©pide chevalier Don Quichotte de la Manche vint au monde, s'exclame le narrateur, car [...] il nous offre, en ces temps si pauvres en distractions, le plaisir d'Ă©couter non seulement sa belle et vĂ©ridique histoire, mais les rĂ©cits et nouvelles qu'elle renferme. » ch. XXVIII, p. 309. Il y a plus que cette fonction divertissante, c'est celle de l'Ă©merveillement, dĂ©fendue avec feu par Don Quichotte Ă  la fin du roman contre le chanoine, partisan, lui, du rĂ©alisme. Si la lecture des romans de chevalerie lui paraĂźt de nature Ă  chasser la mĂ©lancolie, il explique en outre comment elle l'a rendu capable de manifester "la gratitude et la gĂ©nĂ©rositĂ© dont [s]on cƓur est plein" 553. [...] En un temps oĂč tout a Ă©tĂ© dit, Ă©crit et enseignĂ©, les conduites idĂ©ales ne s'inventent plus, elles rĂ©sultent d'un mĂ©lange d'imitation et de crĂ©ation dont on ne peut pas dĂ©terminer le dosage. DĂšs lors, la littĂ©rature n'est plus seulement un livre d'images agrĂ©able Ă  feuilleter si vulgaire, mĂ©diocre ou dĂ©gradĂ©e soit-elle, elle fournit un rĂ©pertoire de modĂšles imposants et attachants oĂč les vivants vont se choisir des maĂźtres. Si bien que l'Ă©lĂ©vation quasi religieuse d'Amadis est logique faute de mieux, le roman le plus affadi fait encore fonction de mythe. En soulevant cette grave question – qui est Ă  coup sĂ»r la pensĂ©e la plus profonde du Don Quichotte –, Cervantes place le lecteur devant un fait nouveau, dont les consĂ©quences sont Ă©videmment problĂ©matiques Ă  cause de circonstances en partie extĂ©rieures, en partie exploitĂ©es par elle, la littĂ©rature est promise Ă  un destin inouĂŻ, qui peut ĂȘtre un accomplissement grandiose ou une retentissante faillite. Qu'en sera-t-il dans l'avenir ? Cervantes ne le dit pas, Ă©tant comme on sait bien dĂ©cidĂ© Ă  ne rien conclure. Mais il laisse son hĂ©ros agir, et cela suffit, car Don Quichotte est clairvoyant Ă  la vraie maniĂšre des prophĂštes, c'est-Ă -dire qu'il ne rĂ©vĂšle pas seulement l'avenir, mais dĂ©voile par ses actes de sens du prĂ©sent. En ce jour oĂč il sort pour faire descendre les livres dans la rue, les Ă©crits religieux spĂ©cialisĂ©s parlent de bontĂ©, de vĂ©ritĂ©, de justice et de salut, mais n'ont plus rien Ă  dire sur les dĂ©cisions immĂ©diates de la vie, ils n'enseignent pas comment joindre l'action et la pensĂ©e sans que l'une ou l'autre pĂątisse de l'union, comment faire rĂ©gner rĂ©ellement la justice et, pour celui qui se croit en possession de la vĂ©ritĂ©, comment lui donner force de loi. Or, Don Quichotte a absolument besoin de savoir cela pour vivre, ce qui lui manque n'est pas la connaissance abstraite des principes spirituels ou de prĂ©ceptes moraux, ou encore la voix d'une conscience vigilante la sienne est en Ă©veil, mais perplexe, il lui faut des rĂšgles prĂ©cises de conduite, un code qui lui permette de distinguer pratiquement l'ordre du dĂ©sordre, le vrai du faux, et cela non pas en gĂ©nĂ©ral, mais ici Ă  tout instant. Comme il ne trouve pas les normes indispensables lĂ  oĂč elles Ă©taient traditionnellement transmises, il va les demander Ă  la littĂ©rature qui, Ă  dĂ©faut de lĂ©galitĂ©, produit encore Ă  l'usage de l'individu ces figures en quelque sorte familiĂšres et transcendantes que produisait l'Ă©popĂ©e. Marthe ROBERT, L'Ancien et le Nouveau, 1963. Ainsi la polyphonie orchestrĂ©e par le narrateur dans Don Quichotte, visiblement commandĂ©e aussi par la jubilation de raconter et d'entendre des histoires, rĂ©pĂšte l'idĂ©alisme de notre chevalier en lui donnant des issues contradictoires si le dĂ©sir d'absolu de Chrysostome ne peut s'Ă©tancher que dans la mort, les amours contrariĂ©es de Lucinde et Cardenio connaissent, elles, une conclusion heureuse, mais au prix d'un dĂ©nouement que l'on jugera peut-ĂȘtre improbable. Faut-il voir ici autant d'exemples de la correction infligĂ©e Ă  la vie par le roman ? Ici encore, Don Quichotte nous laissera dans l'aporie les livres - et particuliĂšrement les romans - s'apprĂȘtent-ils Ă  constituer au XVIIĂšme siĂšcle les nouveaux repĂšres de conduite dans un monde dĂ©senchantĂ© ? Sont-ils devenus au contraire les hĂ©rauts mensongers d'une cohĂ©rence disparue ? En tout cas, la question posĂ©e par Cervantes inaugure pour longtemps un enjeu crucial. __________________________________________________________ 1. Les numĂ©ros de pages renvoient Ă  l'Ă©dition de Don Quichotte par Aline Schulman, Points Seuil, 1997. LIENS VIE, ƒUVRES Miguel de Cervantes en espagnol Vie, Ɠuvres, liens EncyclopĂ©die de l'Agora Biographie dĂ©taillĂ©e, portrait Imago Mundi Proyecto Cervantes. TEXTE L'IngĂ©nieux hidalgo Don Quichotte de la Manche avec les gravures d'HonorĂ© Daumier. Quijote interactivo BNE El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha texte original. ILLUSTRATIONS Don Quichotte par Gustave DorĂ© BnF Banque d'images Getty images Don Quichotte illustrĂ© Pinterest Les dessins de Dubout. ÉTUDES Le triomphe de l'imagination critique Carlos Fuentes Don Quichotte Laura Garcia Vitoria Don Quichotte David Alvarez Don Quichotte Philo-Lettres Don Quijote de la Mancha Centre virtuel Cervantes. En marge du Quichotte, par Miguel de Unamuno EncyclopĂ©die de l'Agora QuatriĂšme centenaire de Don Quichotte Lexilogos Don Quijote et Dulcinea Odile Lasserre Dempure Le Quichotte et la France, histoire d'une fascination ancestrale Ambassade de France Don Quichotte et le problĂšme de la rĂ©alitĂ© Alfred SchĂŒtz L'absurde dĂ©sir d'Ă©ternitĂ© J. M. Baldran Don Quichotte un mythe pour notre temps ? Jean Canavaggio Don Quichotte Cervantes et Cide Hamete AbbĂšs Bahous. Accueil du site Magister Vocabulaire Types de textes Genres littĂ©raires Explication de texte Le commentaire Texte argumentatif La dissertation Parcours ƒuvres intĂ©grales Dossiers BTS Liens Le temps s’accĂ©lĂšre. À peine une seconde pour s’asseoir et il faut de nouveau courir. Mais s’agit-il d’une rĂ©alitĂ© ou d’une illusion ? Quatre spĂ©cialistes se sont arrĂȘtĂ©s un instant pour nous Ă©clairer sur cette perception Ă©minemment subjective de la durĂ©e. Enfant, les grandes vacances duraient toute la vie. ArrivĂ© Ă  l’ñge adulte, voilĂ  que les annĂ©es filent comme du sable. Pourtant, le temps est immuable, le mĂȘme pour tous. Alors, pourquoi cette impression ? Parce que nous sommes des ĂȘtres sensibles et subjectifs, et que le temps n’a rien de linĂ©aire pour nous il ne se contente pas, comme la lumiĂšre, d’aller d’un point A Ă  un point B Ă  vitesse constante. Il s’accĂ©lĂšre globalement, mais, en son sein, nous percevons des durĂ©es variables nous vivons, par exemple, conjointement, le temps biologique – notre organisme vieillit – et le temps suspendu d’un Ă©vĂ©nement important. Ainsi suisje absorbĂ©e par la naissance de mon enfant, tout entiĂšre plongĂ©e dans l’instant, cependant que mon corps, lui, poursuit sa course biologique. D’oĂč vient une telle subjectivitĂ© de notre perception de la durĂ©e ? Tout passe d’abord par le cerveau. Marc Schwob, neuropsychiatre, donne l’exemple de la concentration intellectuelle, qu’il s’agisse de regarder un film ou de faire un devoir. Durant ce moment, le temps semble rĂ©trĂ©ci, suspendu. Je peux revenir Ă  la rĂ©alitĂ© sans avoir pris conscience du temps qui vient de s’écouler. Dans ces moments-lĂ , le systĂšme limbique, le cerveau primitif, siĂšge des Ă©motions, des perceptions, de l’affectivitĂ©, se met en veille. Nous ne percevons plus le monde extĂ©rieur. Le cortex prend le pas un filtre se met en place, laissant passer les seuls signaux vitaux ». À l’inverse, lors d’une Ă©motion forte, le temps se bloque. Les amoureux connaissent cela par coeur. Si j’attends celui que j’aime sur le quai de la gare, les minutes n’en finissent pas de s’écouler. DĂšs qu’il arrive, je l’embrasse et, lĂ , je ne suis que sensations, Ă©motions. Je ne sens plus le temps passer. La faute, encore, au cerveau limbique, qui prend la main, dĂ©versant d’énormes quantitĂ©s de neurohormones, nous shootant » vĂ©ritablement. Bien sĂ»r, la neurobiologie ne peut suffire Ă  dĂ©crire et Ă  expliquer cette subjectivitĂ© du temps, mais elle permet d’en percevoir la complexitĂ©. Et, biologiquement comme philosophiquement, le seul moyen de ralentir sa course rĂ©side dans notre capacitĂ© Ă  en prendre conscience. Qu’il s’agisse de la mĂ©ditation, de la rĂ©flexion, de la psychanalyse ou de la crĂ©ation, se repositionner dans l’instant nous ouvre Ă  l’éternitĂ©. Quatre chercheurs nous apportent leur Ă©clairage sur cette perception complexe. La rĂ©ponse psychanalytique L’accĂ©lĂ©ration commence Ă  l’adolescence »Jean-Jacques Rassial, psychanalyste, auteur notamment de Court TraitĂ© de pratique psychanalytique ÉrĂšs, 2011 La conscience du temps se construit au cours de la croissance. L’acquisition de la langue est un reflet de cette maturation les enfants passent du prĂ©sent Ă  l’imparfait, au plus-que-parfait, puis du futur simple au futur antĂ©rieur
 et le prĂ©sent se rĂ©duit. Il y a un effet de condensation du prĂ©sent. Cliniquement, Ă  l’adolescence se produit un phĂ©nomĂšne essentiel la dĂ©ception existentielle face aux promesses de l’enfance. On ne sera jamais un chevalier ou un prince
 Le temps commence Ă  s’accĂ©lĂ©rer. Les espoirs passent dĂ©finitivement du cĂŽtĂ© du passĂ©. C’est une expĂ©rience de la mort. Plus on avance en Ăąge, plus le passĂ© s’alourdit, plus le prĂ©sent nous prĂ©cipite en avant. C’est une prĂ©cipitation subjective, bien sĂ»r, mais rĂ©elle. Le paradoxe, c’est que nous aimerions arrĂȘter le temps. Cela se produit quand il ne se passe rien, quand nous sommes dans un Ă©tat de bien-ĂȘtre. Nous sommes, pour paraphraser Lacan In Écrits - Seuil, 1966, dans un Ă©tat de jouissance. Or, dit-il en substance, “la jouissance suprĂȘme, c’est la mort”. La vie, la dynamique sont du cĂŽtĂ© du dĂ©sir. La dĂ©cĂ©lĂ©ration suprĂȘme, c’est la mort. » La rĂ©ponse biologique Nous sĂ©crĂ©tons de plus en plus souvent les hormones du stress »Marc Schwob, neuropsychiatre, auteur notamment des Rythmes du corps, chronobiologie de l’alimentation, du sommeil, de la santé  Odile Jacob, 2007 La perception que nous avons d’une accĂ©lĂ©ration du temps n’est pas que subjective, c’est une rĂ©alitĂ©. Notre temps contemporain n’a plus rien Ă  voir avec le temps des siĂšcles passĂ©s ! Ainsi avons-nous inversĂ© le temps d’activitĂ© nous travaillons l’hiver et nous nous reposons l’étĂ©. Cela entraĂźne une adaptation, donc une augmentation du stress qui joue un rĂŽle essentiel dans cette sensation les hormones du stress, le cortisol et la catĂ©cholamine, indispensables pour notre survie, sont sĂ©crĂ©tĂ©es de plus en plus souvent, provoquant le sentiment d’ĂȘtre dĂ©passĂ©, submergĂ©, de ne plus avoir le temps. On a constatĂ© par exemple que les traders sĂ©crĂ©taient des quantitĂ©s phĂ©nomĂ©nales de cortisol ! Par ailleurs, l’impression d’accĂ©lĂ©ration du temps augmente avec l’ñge. Plus nous engrangeons de souvenirs, plus nous comparons le temps passĂ© avec le temps futur, relativisant ainsi les durĂ©es une annĂ©e d’enfant est trĂšs longue, une annĂ©e d’adulte passe trĂšs vite. » Pour aller plus loin TEST La rĂ©ponse philosophique Le temps file si l’on ne s’en occupe pas »Cynthia Fleury, philosophe, auteure notamment de La Fin du courage Fayard, 2010 Nous savons que le temps s’accĂ©lĂšre avec le vieillissement. Mais, alors que cette pĂ©riode de la vie devrait nous rapprocher de la sagesse, c’est-Ă - dire de l’instant prĂ©sent en toute conscience, nous sommes perpĂ©tuellement dĂ©portĂ©s vers le passĂ© et ses traumatismes, vers le futur et ses projections. La modernitĂ©, avec sa culture de la vitesse, accentue cette sensation. Or, paradoxalement, le temps file et disparaĂźt si l’on ne s’en occupe pas. Si l’on demeure dans le temps de la performance – faire plus, plus vite –, on a le sentiment d’avoir Ă©tĂ© vivant, pas celui d’avoir vĂ©cu. La relation au temps demande un travail. Le temps existentiel est un temps de la rĂ©flexion, un temps de regard “sur”. La vĂ©ritĂ© de l’instant prĂ©sent est Ă  la fois fugacitĂ© et Ă©ternitĂ©, parce qu’elle agit comme une dilatation de l’ĂȘtre, donc du temps. Ainsi, lorsqu’en analyse on arrive Ă  l’instant oĂč le sens apparaĂźt, oĂč l’on “comprend”, on bascule de la finitude Ă  la plĂ©nitude. De l’aliĂ©nation Ă  la libertĂ©. Il en est de mĂȘme du temps de la crĂ©ation absorbĂ© dans l’instant, le temps ne compte plus, il est en “suspens”, un instant d’éternitĂ©. RĂ©flĂ©chir, s’observer permet de prendre du recul sur soi-mĂȘme et d’instaurer une autre relation avec le temps. » La rĂ©ponse anthropologique Notre ĂȘtre se fragmente et cela accĂ©lĂšre la vitesse des choses » David Le Breton, anthropologue et sociologue, auteur notamment de La Saveur du monde, une anthropologie des sens MĂ©taillĂ©, 2006 Les outils nouveaux de communication ont radicalement changĂ© notre relation au temps. Les e-mails, le tĂ©lĂ©phone, le dĂ©versement des informations en continu et accessibles Ă  chaque instant ont modifiĂ© le rapport plus pacifiĂ© que nous avions avec le temps. Les intrusions permanentes du monde extĂ©rieur dans notre monde intĂ©rieur nous bousculent. On nous sonne et cela nous sonne
 Notre ĂȘtre s’en trouve modifiĂ© on peut dire que chacun d’entre nous possĂšde diffĂ©rents aspects de personnalitĂ©, le moi familial, social, amical, amoureux, professionnel
 Notre ancienne temporalitĂ© nous permettait de passer successivement d’un registre Ă  l’autre. Aujourd’hui, nous les endossons parfois simultanĂ©ment. Tous les registres se mĂȘlent. Au milieu d’une rĂ©union de travail, voici un appel de ma fille ou de mon vieil ami. Cette fragmentation accĂ©lĂšre notre perception du temps. Paradoxalement, nous faisons beaucoup de choses, mais nous avons le sentiment de ne pas parvenir Ă  faire grand-chose, de ne rien maĂźtriser, nous sommes dans un flux permanent. C’est un changement anthropologique irrĂ©versible. Le silence, la marche, la flĂąnerie sont des mesures de sauvegardes pour se retrouver. » 1. Des sources iconographiques au symbole maçonnique L'Aigle Ă  deux tĂȘtes est aujourd'hui l’emblĂšme du systĂšme de hauts grades maçonniques le plus pratiquĂ© dans le monde le Rite Écossais Ancien et AcceptĂ©. À l'origine, les grades pratiquĂ©s sous la juridiction des SuprĂȘmes Conseils tenaient fortement Ă  la tradition judĂ©o-chrĂ©tienne. Au terme d'une Ă©volution de deux siĂšcles ce rite se veut aujourd'hui porteur d'une spiritualitĂ© universaliste. Il est curieux de constater que cette vocation universelle existait virtuellement dans l’emblĂšme choisi aux origines du rite. En effet, pour l'historien de l'iconographie l'aigle est avec le dragon le seul animal qui appartienne Ă  l'emblĂ©matique de tous les temps et de tous les pays ». Or depuis la plus haute antiquitĂ© des communautĂ©s humaines ont fait de l’aigle Ă  deux tĂȘtes, mi-aigle, mi-animal fabuleux et qui par lĂ  tient au dragon, une figure emblĂ©matique. Lorsque dans le deuxiĂšme tiers du XVIIIe siĂšcle la Franc-Maçonnerie s’agrĂ©gera une partie du corpus symbolique occidental, l’aigle Ă  deux tĂȘtes prendra naturellement place parmi ses emblĂšmes. I. L'Orient aux origines de l'Aigle Ă  deux tĂȘtes A. NAISSANCE DE LA POSITION HÉRALDIQUE DE L'AIGLE À DEUX TÊTES CHEZ LES HITTITES Peut-ĂȘtre les figurations Ă  deux tĂȘtes sont-elles connues depuis des temps immĂ©moriaux ? Ainsi une reprĂ©sentation fĂ©minine Ă  deux tĂȘtes DĂ©esse-MĂšre ? retrouvĂ©e Ă  Catal HĂŒyĂŒk, une des plus anciennes villes du monde, a-t-elle pu ĂȘtre datĂ©e du sixiĂšme millĂ©naire avant Les premiĂšres attestations de la figure de l'aigle Ă  deux tĂȘtes sont aussi extrĂȘmement anciennes. On les dĂ©couvre dans le matĂ©riel archĂ©ologique laissĂ© par la civilisation hittite qui s’épanouit en Asie Mineure entre le XXe et le XIIIe siĂšcles avant notre Ăšre. Il s'agit d'abord de sceaux cylindriques trouvĂ©s dans les fouilles de Boghazköy, ancienne capitale hittite. Ils prĂ©sentent de façon trĂšs claire un aigle bicĂ©phale aux ailes dĂ©ployĂ©es. La recherche d'une certaine esthĂ©tique conduit Ă  cette position “hĂ©raldique” qui s'explique aussi par une tendance naturelle Ă  la symĂ©trie et la nature probablement religieuse de l'ĂȘtre reprĂ©sentĂ©. La datation proposĂ©e par les scientifiques est de + ou – 1750-1715 et le contexte situerait l'origine de ces sceaux dans un milieu commerçant. On retrouve cette image de l'aigle Ă  deux tĂȘtes dans la mĂȘme rĂ©gion dans deux oeuvres monumentales, Ă  Alaça HĂŒyĂŒk datĂ©e de + ou – 1400 et Ă  Yazilikaya 1250 au plus tard. Le contexte est ici diffĂ©rent et semble exclusivement religieux. L'aigle devient le symbole de la divinitĂ©. À Alaça HĂŒyĂŒk, l'aigle se trouve sur la face intĂ©rieure de l'orthostate portant les sphinx situĂ©s Ă  l'entrĂ©e monumentale de cette ville. À Yazilikaya, il se trouve au milieu d'une procession de divinitĂ©s, dont l'ensemble servit de sanctuaire en plein air. L'aigle Ă  deux tĂȘtes semble s'estomper dans la derniĂšre pĂ©riode hittite, du IXe au VIIe siĂšcles, et disparaĂźtre avec la fin de cet empire. B. SELDJOUKIDES ET TURCOMANS LA REDÉCOUVERTE DE L'AIGLE À DEUX TÊTES AU HAUT MOYEN-ÂGE C'est dans la mĂȘme rĂ©gion, mais deux mille ans aprĂšs, que va rĂ©apparaĂźtre l'aigle Ă  deux tĂȘtes. A partir de l'an mil, les Seldjoukides – seigneurs turcs de Mongolie convertis Ă  l'Islam vers 920 – envahissent l'Anatolie. À la fin du XIe siĂšcle les Seldjoukides d'Anatolie se sĂ©parent des Grands Seldjoukides d'Iran pour crĂ©er le royaume des Seldjoukides dit de Rum Rome car situĂ© en pays byzantin. Ils Ă©tablissent leur capitale Ă  NicĂ©e Iznik, puis Ă  Konya. L'aigle Ă  deux tĂȘtes se rencontre Ă  profusion sous le rĂšgne du plus grand sultan seldjoukide de Konya, Alaeddin KeykĂŒbad 1219-1236 et de son fils et successeur Keyhusrem II 1236-1246. On le dĂ©couvre en effet sur des tissus, des pierres taillĂ©es, des carreaux muraux ou des porte-Coran. Comme toute problĂ©matique iconographique il est trĂšs difficile de dire s'il s'agit d'un emprunt ou d'une recrĂ©ation. L'un et l'autre auraient Ă©tĂ© facilitĂ©s par le fait que les ancĂȘtres des Seldjoukides connaissaient au Ve siĂšcle un coq Ă  deux tĂȘtes. Mais c'est bien d'un emprunt dont il s'agit chez les successeurs des Seldjoukides au tout dĂ©but du XIIIe siĂšcle, les Turcomans. Si l'on trouve des aigles Ă  deux tĂȘtes sur certaines de leur piĂšces de monnaie en bronze, on y dĂ©couvre aussi des motifs sassanides, grecs, romains, byzantins et chrĂ©tiens manifestement copiĂ©s sur des vestiges anciens. C. BYZANCE L'AIGLE À DEUX TÊTES EMBLÈME DE L'EMPIRE Constantinople se veut la Nouvelle Rome et Ă  ce titre l'emblĂ©matique de l'aigle y est bien connue, comme symbole de la puissance et de la souverainetĂ©. À l'image des CĂ©sars et des Augustes de la Rome antique, le Basileus, l'empereur byzantin, souverain de l'Empire Romain d'Orient, porte l'aigle pour armes. Comment cet aigle impĂ©rial romain est-il devenu un aigle Ă  deux tĂȘtes ? Une alternance de guerres et d'Ă©changes commerciaux rythmait les relations Ă©troites des Byzantins avec leurs voisins et ennemis, Seldjoukides puis Turcomans. L'aigle Ă  deux tĂȘtes est trĂšs probablement arrivĂ© Ă  Constantinople sur les tissus ou les monnaies d'un marchand ou dans les souvenirs d'un soldat. Les lutrins des Ă©glises orthodoxes qui prĂ©sentent cet emblĂšme sont les cousins des porte-Coran seldjoukides. Par son caractĂšre propre, l'aigle Ă  deux tĂȘtes a dĂ» peu Ă  peu se dĂ©velopper dans l'art et l'emblĂ©matique jusqu'Ă  inflĂ©chir le dessin de l'aigle impĂ©rial. C'est probablement le basileus ThĂ©odore II Lascaris 1254-1258 qui le premier fit de l'aigle bicĂ©phale un emblĂšme de l'empire. Il faut dire que les deux tĂȘtes de l'aigle symbolisaient particuliĂšrement bien la double souverainetĂ© temporelle et spirituelle Ă  laquelle prĂ©tendaient les basileus. Par la suite l'emblĂ©matique de l'aigle Ă  deux tĂȘtes sera toujours trĂšs prĂ©sente dans l'Ă©glise orthodoxe grecque, jusqu'Ă  en devenir l'emblĂšme officiel ! Les aigles Ă  deux tĂȘtes des pays balkaniques, ainsi que celui de l'empire russe, sont directement hĂ©ritĂ©s de Byzance. II. L'Aigle Ă  deux tĂȘtes dans l'Occident mĂ©diĂ©val A. APPARITION DE L'AIGLE À DEUX TÊTES L'ART ROMAN On dĂ©couvre quelques exemples d'aigle Ă  deux tĂȘtes dans la sculpture romane des Ă©glises de Vouvant VendĂ©e, Civray Vienne, Gensac-la-Pallue et Sainte-Colombe Charente, Moissac Tarn-et-Garonne, Vienne IsĂšre. Sans qu'il soit possible de les dater trĂšs prĂ©cisĂ©ment, aucune de ces Ă©glises ne semblent postĂ©rieures au XIIe cette figure d'origine orientale a-t-elle pu rejoindre puis s'Ă©panouir au coeur de l'Occident mĂ©diĂ©val ? Suivons les explications d'Emile MĂąle sur un itinĂ©raire iconographique classique qui pourrait bien ĂȘtre aussi celui de l'aigle Ă  deux tĂȘtes Au temps de Saint-Bernard, c'est-Ă -dire en pleine Ă©poque romane, les fleurs et les animaux qui ornent les cloĂźtres et les Ă©glises sont la plupart du temps des copies d'originaux antiques, byzantins, orientaux, que l'artiste reproduisait sans en comprendre le sens. L'art dĂ©coratif du Moyen-Age a commencĂ© par l'imitation. Ces prĂ©tendus symboles ont Ă©tĂ© souvent sculptĂ©s d'aprĂšs le dessin d'une Ă©toffe persane ou d'un tapis arabe. A mesure qu'on l'Ă©tudie mieux, l'art dĂ©coratif du XIe et du XIIe siĂšcles apparaĂźt de plus en plus comme un art composite qui vit d'emprunts. Les multiples Ă©lĂ©ments dont il est fait commencent Ă  se laisser entrevoir. Les chapiteaux romans nous montrent frĂ©quemment, par exemple, deux lions disposĂ©s symĂ©triquement de chaque cotĂ© d'un arbre ou d'une fleur. Irons-nous avec l'abbĂ© Auber, en chercher le sens dans les livres des thĂ©ologiens du XIe siĂšcle ? – Nous perdrions notre temps, car ces deux lions, Lenormand l'a prouvĂ©, ont Ă©tĂ© copiĂ©s sur quelque Ă©toffe fabriquĂ©e Ă  Constantinople d'aprĂšs de vieux modĂšles persans. Ce sont les deux animaux qui veillent sur le hom, l'arbre sacrĂ© de l'Iran. Les tisserands byzantins n'en savaient dĂ©jĂ  plus le sens et n'y voyaient qu'un dessin industriel d'une disposition heureuse. Quant Ă  nos sculpteurs du XIIe siĂšcle, ils imitaient les figures du tapis byzantin apportĂ© en France par les marchands de Venise, sans se douter qu'elles pussent avoir une signification quelconque. » Or il se trouve que l'on a justement dĂ©couvert lors de travaux dans la cathĂ©drale de PĂ©rigueux, en 1895, un tissu d'origine orientale prĂ©sentant des motifs d'aigle Ă  deux tĂȘtes. AppelĂ© “Le Suaire de Saint-Front”, il s'agit d'un morceau de soie du XI-XIIe siĂšcle, d'origine Grand-Seldjoukide, turcomane ou provenant d'un atelier de Constantinople, voire de l'Espagne musulmane. Il s'agirait d'un morceau de chasuble d'un Ă©vĂȘque dont les restes ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s avec ceux d'autres Ă©vĂȘques, et emmurĂ©s en 1173. Un dernier Ă©lĂ©ment renforce la thĂšse de l'emprunt Ă  l'Orient. l’aigle Ă  deux tĂȘtes semble bien reprĂ©sentĂ© dans les blasons des principaux participants des croisades. Jourdain d'Amphermet, Jean de Dion, Hamelin et Geoffroy d'Antenaise, Jean de la BĂ©reaudiĂšre, Le Meigre, Amaury de Saint-Cler, Hugues de Sade et Laurent de la Laurencie portent l’aigle Ă  deux tĂȘtes. B. L'AIGLE À DEUX TÊTES DANS LES SCEAUX ET LES ARMOIRIES Les armoiries apparaissent sur les champs de bataille du XIIe siĂšcle pour permettre aux combattants de se reconnaĂźtre au coeur de la mĂȘlĂ©e
 Les animaux furent parmi les premiĂšres figures utilisĂ©es. Les armoiries animaliĂšres constituent 60 % des armoiries vers 1180, 40 % vers 1250 et se stabilisera autour de 30 %, puis vers 25 % au cours du XIVe siĂšcle. L'aigle – monocĂ©phale – est l'une des grandes figures de l'hĂ©raldique. Mais Dans les armoiries occidentales, son indice de frĂ©quence est cependant trĂšs infĂ©rieur Ă  celui du lion au Moyen-Âge on compte environ un Ă©cu Ă  l'aigle pour six Ă©cus au lion, et Ă  l'Ă©poque moderne le rapport semble passer de un Ă  dix. C'est surtout la raretĂ© de l'aigle dans les armoiries roturiĂšres qui explique ces diffĂ©rences. L'aigle est en effet essentiellement une figure hĂ©raldique nobiliaire, symbole de puissance et d'autoritĂ© ». L'origine et la signification de l'aigle Ă  deux tĂȘtes sont des sujets qui ont fait couler beaucoup d'encre. Il semble bien que ce soit avant tout un thĂšme essentiellement graphique et que le blason l'ait empruntĂ©, tardivement, Ă  l'iconographie orientale ». Le plus ancien exemple français est celui du sceau apposĂ© en 1227 par un Chevalier
 de l'Ordre du Temple, Guillaume de l’Aigle, Commandeur du Temple en Normandie. Le second cas est celui de Jocelin de Chanchevrier datĂ© de 1229. On a pu calculer que jusqu'en 1300, dans les armoiries françaises, Ă  peine 7 % des aigles Ă©taient bicĂ©phales. L'aigle Ă  deux tĂȘtes n'est donc pas un motif hĂ©raldique quantitativement important. En revanche la qualitĂ© de certaines personnalitĂ©s l'ayant pour arme a pu contribuer Ă  en donner une image particuliĂšre. Ainsi dĂ©couvre-t-on qu'il constitue les armes de Bertrand du Guesclin 1320-1380. HĂ©ros de tournoi, chevalier errant et justicier au renom lĂ©gendaire, guerrier victorieux puis connĂ©table de France, on fit de lui sous Charles VI, le type du parfait chevalier. Or Bertrand du Guesclin portait d'argent Ă  l'aigle Ă  deux tĂȘtes de sable, Ă  la cĂŽtice de gueules brochant sur le tout, becquĂ©e, lampassĂ©e et armĂ©e de gueules ». L'aigle Ă  deux tĂȘtes se voit donc associĂ© dans l'imaginaire mĂ©diĂ©val au type du parfait chevalier. Outre sa prĂ©sence dans les armoiries des chevaliers croisĂ©s, l’aigle Ă  deux tĂȘtes constitue le blason d’un Ordre hospitalier du Moyen-Âge, les Chanoines rĂ©guliers de Saint Antoine qui portent D’or Ă  un aigle de sable Ă  deux tĂȘtes, diadĂ©mĂ© de mĂȘme, ayant le vol Ă©tendu et au col une couronne d’or, en forme de collier, duquel pend un Ă©cusson aussi d’or, posĂ© sur la poitrine de l’aigle et chargĂ© d’un tau ou taph d’azur ». C. L'AIGLE À DEUX TÊTES DANS L'EUROPE MODERNE Plus on avance vers le XVe siĂšcle plus l’aigle Ă  deux tĂȘtes se dĂ©veloppe dans les pays germaniques auquel il est souvent exclusivement associĂ© aujourd’hui, plus Ă  tort qu’à raison. Mais malgrĂ© quelques tĂ©moignages exceptionnels Ă  l'Ă©poque de FrĂ©dĂ©ric II, ce n'est que sous l'empereur Sigismond, c'est-Ă -dire au dĂ©but du XVe siĂšcle, que l'aigle bicĂ©phale devint dĂ©finitivement la figure hĂ©raldique de l'empereur, tandis que l'aigle monocĂ©phale Ă©tait dĂ©sormais rĂ©servĂ© au roi des Romains ». En hĂ©raldique, Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, l’Aigle Ă©ployĂ© entre dans les armes de prĂšs de 500 familles europĂ©ennes dont, pour 200 d’entre-elles, il constitue les armes complĂštes. III. Les dĂ©buts de l’Aigle Ă  deux tĂȘtes en Maçonnerie L’Aigle Ă  deux tĂȘtes apparaĂźt en Maçonnerie en France dans le tout dĂ©but des annĂ©es 1760 avec le grade de Grand Inspecteur Grand Élu ou Chevalier Kadosh. On le dĂ©couvre ainsi dans la fameuse lettre que les Maçons de Metz Ă©crivent Ă  ceux de Lyon en juin 1761. Ce prĂ©cieux courrier a pour objet l'information rĂ©ciproque des dignitaires de l'ordre sur les grades connus ou pratiquĂ©s dans les deux orients. Les Maçons lorrains y expliquent que le grade le plus Ă©levĂ© qu'ils pratiquent est celui de Chevalier Grand Inspeur Grand ElĂ» der grade », en consĂ©quence, Tous les grades [
] sont tous subordonnĂ©s Ă  ce dernier » , or Le petit attribut [de ce grade] est un aigle d'or Ă©ployĂ© portant une couronne de prince sur les deux tĂȘtes et tenant un poignard dans ses serres. Le grand attribut est une Croix rouge Ă  8 pointes semblable Ă  celle de Malthe ; sur le centre, dans un Cercle, sont une EpĂ©e et un poignard en sautoir » On trouve justement au bas de la copie d'un procĂšs-verbal conservĂ©e dans les archives de la Loge de Saint Jean » de Metz un trĂšs beau sceau prĂ©sentant un aigle Ă  deux tĂȘtes. Ce document est datĂ© du 25 avril 1763 et il n’est pas indiffĂ©rent que le signataire en soit le frĂšre Le Boucher de LĂ©noncourt. On le connaĂźt en effet comme l’un des principaux promoteurs du grade de Kadosh dans les annĂ©es 1760. Ce sceau prĂ©sente donc trĂšs probablement l’iconographie premiĂšre de l’aigle Ă  deux tĂȘtes en Maçonnerie. Peut-on attribuer la rĂ©alisation de ce sceau Ă  Augustin PantalĂ©on, l'une des personnalitĂ©s du cĂ©nacle animĂ© par Le Boucher de LĂ©noncourt, qui exerçait la profession de graveur ? Nous aurions donc lĂ , Ă  la fois le dessin originel de l'aigle Ă  deux tĂȘtes dans l'Ordre maçonnique et son auteur ! Dans un courrier confidentiel Ă  Willermoz, Meunier de PrĂ©court rĂ©vĂšle l'enseignement secret du grade de Grand Inspecteur Grand Élu ou Chevalier Kadosh les francs-maçons sont en fait les descendants de ces fameux infortunĂ©s T....... [Templiers] ». Il y ajoute une glose sur l'emblĂšme du grade L'aigle portant un poignard dans ses serres avec ces mots Neccum Adonay, Vengeance Ă  Dieu, nous reprĂ©sente les derniĂšres paroles de Jacques de Molay, dernier Grand MaĂźtre, quand il ajourna le pape et le roy ; ajournement terrible vĂ©rifiĂ© par l'Ă©vĂ©nement. L'aigle, l'animal qui plane le plus haut dans les airs et le seul qui fixe le soleil, est le juste emblĂšme de cet infortunĂ© vieilllard » Dans la lettre suivante oĂč Meunier de PrĂ©court entreprend d'exposer dans le dĂ©tail les liens entre les Templiers et les Chevaliers , l'explication est un peu diffĂ©rente. Ce sont en effet les Templiers survivants au supplice qui Comme l'aigle est le Roy des oiseaux et le seul qui regarde fixement le soleil, ils le prirent pour devise en l'armant d'un poignard dans les serres, comme pour demander justice Ă  la divinitĂ© d'un aussi horrible attentat » On doit noter que ces explications n'Ă©clairent pas sur le caractĂšre Ă©ployĂ© de la dite aigle. Peut-ĂȘtre celui-ci devait-il contribuer Ă  assurer la prĂ©sĂ©ance du Kadosh sur un autre grade apparu Ă  la mĂȘme Ă©poque et qui allait contester au Chevalier le rĂŽle terminal de Nec plus Ultra de la maçonnerie le Chevalier de l'Aigle Rose-Croix. La symbolique de l'aigle – monocĂ©phale – y joue en effet un rĂŽle. Mais peut-ĂȘtre, tout simplement, l'aigle Ă  deux tĂȘtes, dont les qualitĂ©s chevaleresques et de souverainetĂ© appartenaient au fond commun de la symbolique occidentale, apparut-il particuliĂšrement adaptĂ© pour ce grade auquel Tous les [autres
 devaient ĂȘtre] subordonnĂ©s » ; grade qui en consĂ©quence se voulait porteur des plus prĂ©cieuses rĂ©vĂ©lations de la Maçonnerie et aspirait Ă  gouverner l'Ordre. Toujours est-il que le ou Chevalier Kadosh allait connaĂźtre une grande fortune dans la Maçonnerie française des annĂ©es 1760 et avec lui son emblĂšme, l’aigle Ă  deux tĂȘtes. Ainsi, dĂšs 1762, les dignitaires de la Grande Loge des MaĂźtres de Paris, dite de France, avec Ă  sa tĂȘte le substitut du Grand MaĂźtre, Chaillon de Jonville, s'annoncent dĂ©corĂ©s du Grade par Excellence de ». Tous les rituels manuscrits de ou Chevalier Kadosh qui nous sont parvenus prĂ©sentent l’aigle Ă  deux tĂȘtes comme l'emblĂšme du grade. Celui-ci se trouve ainsi associĂ© au Nec plus Ultra de la Maçonnerie et devient donc, de fait, le symbole d'une fonction dirigeante dans la PremiĂšre Grande Loge de France. Article paru dans le n° 107-108 tome XXVII, 1996. Texte reproduit intĂ©gralement mais sans les notes et rĂ©fĂ©rences bibliographiques, ni les illustrations.

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